PLIB 2022 – Bilan et perspectives

Un article un peu particulier aujourd’hui, qui revient sur ma participation au PLIB 2022 en tant que jurée. J’ai fini mes lectures, chroniqué les 5 finalistes, effectué mon choix. C’est l’heure de faire le bilan de cette aventure et de parler de la suite. Je voudrais aussi livrer quelques réflexions qui se sont construites durant ces mois. J’ai eu un passage un peu à vide côté motivation, aussi je vous explique pourquoi. J’avais pensé laisser ma place de jurée pour l’année prochaine mais de nouvelles perspectives dévoilées par Céline et Pauline m’ont réjouie.

Mon classement final

Le podium

Très rapidement, je vous dresse ici mon classement des 5 finalistes du PLIB 2022 :

5 – Une couronne d’os et d’épines, d’Emily Norsken – Un roman qui ne m’a pas passionnée. Problématique dans son traitement des personnages et de leurs relations, pas suffisamment relu.

4 – Encens, de Johanna Marines – Un roman avec plein de bonnes idées et un cadre qui m’intéressait bien mais bancal dans sa construction. Pas suffisamment approfondi pour moi et surtout très mal relu.

3 – Fleurs d’Oko, t.1, de Laetitia Danae – Petit divertissement sympathique mais qui ne casse pas trois pattes à un canard. Pas suffisant selon moi pour un prix littéraire.

2 – Prospérine Virgule-Point et la Phrase sans fin, de Laure Dargélos – Petit divertissement sympathique mais ici avec une réflexion pertinente sur le langage, le mot, l’objet livre. Un peu trop jeunesse pour moi, mais une bonne surprise.

1 – D’or et d’oreillers, de Flore Vesco – Sans conteste, celui qui à mon sens est le plus apte à recevoir un prix. Pour sa réécriture intelligente, sensuelle. Son intertextualité pertinente. Sa maîtrise parfaite de la langue française et sa plume travaillée. Je trouve également que le double niveau de lecture est particulièrement bien mené.

Une sélection douche froide

Evidemment, je suis contente pour les 5 finalistes. D’ailleurs j’avais inclus dans ma sélection D’or et d’oreillers. Cependant, cette sélection finale a été une sacrée douche froide. Je ne dis pas que les romans choisis sont mauvais, loin de là. Non : je m’interroge juste sur leur place dans une sélection finale d’un prix littéraire. Un bouquin peut être bon, agréable et divertissant, sans pour autant prétendre à gagner un prix.

Il y avait des romans qui, dans leur essence, avaient tout pour figurer dans cette sélection. Je pense notamment à la saga de La tour de garde, qui rafle d’ailleurs pas mal de prix, preuve de la qualité de ses plumes, de son audace et du renouveau du genre. Je pense aussi à Diamants, de Vincent Tassy, qui a pâti de la peur de plusieurs jurés de l’exigence de sa plume. Ou Célestopol 1922, d’Emmanuel Chastellière. Là, c’est peut-être le format recueil de nouvelles qui a laissé perplexe.

Alors oui, peut-être que c’est bien aussi que le PLIB récompense des romans qui ne sont pas multi primés. Mais entre ça et la sélection finale, qui propose deux romans insuffisamment relus… il y avait tout un potentiel qui à mon sens n’a pas été détecté. Je trouve cela dommage. A la fois pour les romans écartés mais aussi pour le prix qui a trop souvent reçu, cette année plus que les autres, une étiquette « Young Adult ».

Des échanges et des rencontres

Une année riche en plein de choses, réellement. Le PLIB 2022 pour moi, c’était d’abord une aventure qui me tenait à cœur après ma première participation en tant que jurée d’un prix littéraire (le Prix des Auteurs Inconnus 2020). Et en fait, ça a été une aventure à plusieurs, car j’ai retrouvé pas mal de copines elles aussi primo jurées.

Une aventure humaine, donc, riche en échanges et lectures communes. Cette année, j’en ai fait plusieurs :

J’ai aussi pu nouer des liens plus réguliers avec d’autres jurés de longue date, par le biais des réseaux, du salon de Montreuil ou de l’annonce des 5 finalistes à Paris en mars.

C’est là le plus bel apport du PLIB en ce qui me concerne : cette construction de liens et d’amitiés autour d’une passion commune.

Une super équipe organisatrice

Le PLIB c’est surtout un travail considérable d’une équipe entièrement bénévole, aux petits soins, disponible… A qui je dis merci, beaucoup, pour tout.

Céline et Pauline mènent leur barque contre vents et marées. Entre recrutements, liens entre auteurs, éditeurs et chroniqueurs, organisation des lives et journées de rencontre, mais aussi mise à disposition du site internet, des outils (drive, discord…), suivi et animation de la communauté… Un investissement personnel énorme, qu’on ne réalise pas forcément au quotidien mais sans elles, le PLIB n’existerait pas.

Derrière elles, il y a Yannick, qui gère toute la partie informatique. Je ne compte pas les dépannages et les maintenances qu’il a menés, toujours promptement en plus.

Et puis toutes les personnes qui participent à la vie du PLIB et à l’animation de cette troupe de jurés. Roxanne la community manager, Mavilily la reine des Top Ten Tuesday et des battles, Bluesky la maîtresse en chef des LC… et tant d’autres. Merci à tous.tes !

Un calendrier particulier

Les étapes

Je l’avais présenté brièvement lors de mon premier article sur le PLIB2022. Le calendrier s’étale de début septembre de l’année n-1 à mi octobre de l’année n+1. Plusieurs votes jalonnent ce calendrier :

  • première quinzaine d’octobre n-1 : vote pour les 80 finalistes.
  • première quinzaine de novembre n-1 : vote pour les 25 sélectionnés
  • fin-février-début mars n+1 : vote pour les 5 finalistes
  • septembre n+1 : vote pour le gagnant, annoncé mi-octobre.

En bref, des temps très courts successifs pour faire le gros du tri (vote des 80 et 25) et un temps beaucoup plus long pour lire les 5 derniers.

Là où ça coince

J’imagine bien que si le calendrier est défini ainsi, c’est que c’est la meilleure mouture possible, compte tenu de toutes les contraintes existantes. Malgré tout, quand on s’interroge sur l’absence de SF et la prédominance des romans jeunesse et YA, je me suis demandé si ce calendrier ne favorisait pas justement cet état de fait.

En effet, comment sélectionner 25 titres sur plus de 200 en moins de trois mois ? Il est fort probable que tout juré souhaitera d’abord découvrir des romans davantage situés dans sa zone de confort. Le jury étant majoritairement lecteur de YA et de fantasy, la SF et la littérature adulte partent perdants d’emblée.

Orthographe et cie

J’ai déjà abordé ce sujet lors d’une pause café. En amont, auteurs et éditeurs ne peuvent plus garantir à eux seuls un texte propre. En aval, nombreux sont les lecteurs qui ne remarquent pas la qualité médiocre d’un texte et rédigent des chroniques truffées de fautes (jurés ou pas).

Je sais que c’est un sujet tabou, que ça énerve quand on l’évoque dans les chroniques. Mais les faits sont là : beaucoup de livres ne sont pas correctement relus. Je ne suis pas une correctrice professionnelle, m’enfin j’ai un niveau suffisamment correct pour capter une erreur d’accord ou une maladresse de langage. D’autant que je vérifie toujours quand j’ai un doute et que je suis d’ailleurs en train de travailler la certification Voltaire.

C’est un problème réel, à tous les niveaux : tant côté écrivains/éditeurs que côté lecteurs. J’aimerais que cet aspect cesse d’être secondaire. Le respect et la maîtrise de la langue dans un livre sont essentiels dans un bouquin. Oui d’accord ce qui nous intéresse dans le fond c’est l’histoire, mais enfin on lit un produit d’écriture tout de même ! Quelle est la crédibilité d’un jury qui n’accorde que peu de crédit à cette question ?

Perspectives 2023

Car oui, ce billet s’intitulait PLIB 2022 : bilan ET perspectives. Après avoir exposé en vrac mes réflexions, qu’en est-il de la suite ? Hé bien jusqu’à encore début juillet, il n’y avait pas de suite pour moi. J’avais décidé de clôturer là cette expérience, en ne retenant que les points positifs. Je ne me sentais pas légitime dans le jury, et me suis trop souvent sentie à contre-courant, pour toutes les raisons expliquées ci-dessus.

Cependant, roulements de tambour ! Céline et Pauline nous ont concocté un dernier live estival début août, pour de grandes annonces. D’abord, une limitation du nombre de jurés. Plus de 230, c’est beaucoup. Compliqué à gérer d’un côté, et compliqué de se sentir toujours à l’aise dans cette foule. Les échanges ne sont pas toujours évidents.

Autre point, qui m’a fait changer d’avis : la séparation du YA/jeunesse de l’adulte. Le PLIB désormais, ce seront deux prix et deux jurys. Forcément, ça va être énormément de travail pour les organisatrices et la team du PLIB. Ca ne va pas toujours être évident non plus, quand on sait comment les éditeurs classent leurs titres. Je crains par exemple une prédominance d’auteurs en adulte, au détriment d’autrices plus souvent commercialisées en YA. Ce sera un peu l’année test. Mais pour ces raisons, j’ai donc décidé de candidater de nouveau l’année prochaine.

Je vous mets le live du PLIB ci-dessous, je vous invite à le visionner, car il y a aussi d’autres informations et surtout un appel à mobilisation autour du prix dans la dernière partie. 2023 sera un peu l’année de la dernière chance pour le prix, pour lequel les organisatrices ont donné beaucoup… mais avec un engagement peut-être moins marqué de la part des jurés – et je m’inclus dedans, d’ailleurs. Les interrogations que j’ai pu avoir m’ont éloignée parfois de la communauté, et mon manque d’enthousiasme devant mes lectures des finalistes a dû se ressentir dans mon implication – moins présente sur les réseaux pour partager et relayer les posts et dans les événements.

Annonces informations #plib2022 et #plib2023 – 8 août 2022 – Le PLIB

Voilà pour ces quelques réflexions de bilan et perspectives. Je retiens du PLIB 2022 beaucoup de choses positives. C’est surtout grâce au prix que j’ai pu affiner mes goûts, dessiner mes priorités et ce qui me tient à cœur en tant que lectrice. J’ai eu beaucoup de chance et de joie quand j’ai reçu la confirmation de ma sélection en tant que jurée; et je ne remercierai jamais assez Céline et Pauline pour leur confiance. Toutes les rencontres que j’ai pu faire grâce au PLIB 2022, elles sont là, et elles vont continuer, PLIB ou pas. Rien que pour cela, je ne regrette rien et je dis encore une fois merci ! Et peut-être à l’année prochaine, alors 🙂

9 commentaires sur “PLIB 2022 – Bilan et perspectives

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  1. Quel engagement ! Ce prix semble prendre pas mal de temps et je peux comprendre que tu sois déçue si le résultat final est vraiment trop loin de tes goûts. Je ne me sentirais pas le courage de me lancer dans une telle aventure, trop exigeante pour moi, à mon avis. Même si la séparation en deux prix, pour l’année prochaine, est effectivement une bonne idée.
    Merci de nous raconter ainsi ton cheminement et les raisons de tes choix.

    1. oui, cela prend du temps, comme toute activité de juré d’un prix; et encore, je ne fais pas partie de la team organisatrice. Mais ça ne me dérange pas, j’aime bien ce que je fais dans ce cadre. Et au final, je trouve que c’est moins chronophage que le Prix des Auteurs Inconnus, car là il y avait un travail préalable à la sélection finale de vérification des textes (plus de 10 fautes par extrait hop disqualification !). En revanche, c’est vrai que la sélection finale du PLIB – même si c’est le jeu, et que c’est un vote et que je respecte les choix des uns et des autres etc etc – m’a beaucoup démotivée à un moment. J’ai bon espoir que l’année prochaine, si j’ai la chance d’être de nouveau jurée, cela se passe mieux.
      Je suis contente que ce type d’article t’intéresse ! Merci pour ton retour 🙂

  2. Un article super intéressant, merci pour ce partage ! J’aurais bien tenté l’aventure mais mon planning est beaucoup trop plein cette année (sniff), peut-être l’année d’après j’espère !

    1. Merci pour ton retour ! Je suis contente que cela t’intéresse aussi, je ne m’attendais pas à ce que cet article suscite bcp d’enthousiasme 🙂
      J’espère aussi que tu pourras être jurée, et surtout que le PLIB ne connaîtra pas en 2023 sa dernière année de fonctionnement. Mais je te comprends, tu as beaucoup de choses à gérer et un planning archi full, tu ne peux pas être sur tous les fronts ! Si j’ai la chance d’être retenue comme jurée l’année prochaine, je continuerai de partager mes retours et de faire des articles ponctuels de la sorte pour te faire partager cette aventure par procuration 😉

  3. Encore une fois, je suis bien d’accord ! La phase correction (sérieuse) devrait être OBLIGATOIRE. J’ai encore entendu parler, pas plus tard qu’hier, d’une ME qui ne faisait appel à un correcteur pro pour faire relire les romans. Et, spoiler, cet éditeurice n’est pas un.e pro de la correction ! Le problème, comme tu le dis, c’est que c’est toute la littérature jeunesse qui en pâtit. Et les lecteurs qui forment leur culture littéraire et leur français en lisant des ouvrages auxquels il manque une étape de travail essentielle… que dire des auteurices à la biblio plombée par des bouquins bourrés de fautes ?

    1. Pour le Prix des Auteurs Inconnus, il y avait cette phase de vérification de tous les extraits reçus, et chaque texte qui dépassait 10 fautes était disqualifié.
      Evidemment, je vois mal comment on pourrait faire ce travail avec le PLIB, vu le nombre de textes qui concourent… Toutefois, c’est assez « marrant » (je ris jaune) de constater qu’on demande à des auteurs auto-édités, encore une fois, d’être irréprochables sur ce point, et que côté édition classique, cet attendu n’existe pas. Et c’est toutes maisons confondues, grosses comme petites etc. Et ce sont toutes les littératures qui en pâtissent, adulte comme YA et jeunesse. Mais comme tu le pointes très justement du doigt, c’est d’autant plus embêtant pour la jeunesse et le YA. Quand j’étais petite, mes parents m’encourageaient à lire pour apprendre à « causer correct » 😀 : apprendre du vocabulaire, ma conjugaison et ma grammaire. Maintenant, il faut vraiment farfouiller dans toute la production pour avoir un texte bien ficelé et riche en vocabulaire.

      La question du correcteur pro est un énorme sac de nœuds budgétaire, je l’entends bien, surtout aujourd’hui où il y a aussi à gérer une crise du papier; à partir du moment où les gens pleurnichent parce que les bouquins excèdent 20 euros, sans vraiment se dire que bon, derrière il faut payer tous les intervenants qui travaillent dessus, forcément les choix éditoriaux pour faire à l’économie ne vont pas dans le sens d’un texte corrigé – d’autant que la plupart des éditeurs comme tu le dis ne sont pas correcteurs eux-mêmes (donc zappent des fautes) et se disent que bon, vu le niveau de toute façon des lecteurs… ça gênera qu’un ou deux chieurs sans plus… !

  4. Je te rejoins complètement sur le travail incroyable réalisé par les organisatrices et toute l’équipe !
    Par contre, et ça me perturbe, je n’ai pas particulièrement repéré de fautes… Et j’avoue que le fait que le prix soit orienté YA ne me gêne pas puisque c’est l’expression de la majorité. Néanmoins, je trouve cela chouette de proposer dorénavant deux prix 🙂 Chacun pourra y trouver son bonheur.

    1. J’étais super désolée pour Encens, parce que l’autrice est adorable, j’avais bcp aimé d’ailleurs sa nouvelle dans les anthologies d’Oneiroi. J’étais super contente de la lire en format long, d’autant que j’aime bcp le steampunk et que l’histoire me bottait bien. Mais le texte n’a pas été relu ni corrigé, c’est tellement dommage !
      Je ne pouvais pas ne pas le mentionner, ça n’aurait pas été honnête; je pense que j’ai dû être assez rude sur ce point, mais c’est un des bouquins édités les plus mal relus que j’aie pu avoir entre les mains. Et pour le coup, c’est vraiment la maison que je souhaitais mettre en cause sur ce point. Je ne sais pas si ça a marché; je dirais que non, puisque j’en ai parlé à d’autres personnes et à l’autrice et cette alerte avait déjà été faite à l’éditeur plusieurs fois. On voit le résultat… Et ça me met d’autant plus en colère que ça ne met pas en valeur tout le travail de l’autrice, c’est vraiment du gâchis.

      Quand à la couronne d’os, pas mal de tournures impropres et alors une concordance des temps complètement artistique.

      Je comprends ton point de vue sur le YA. Et tu as raison, dans le fond je critique mais c’est l’expression de la majorité et il faut la respecter. En revanche, je suis effectivement contente que le prix se sépare en deux, même si on trouvera forcément d’autres biais – cela dit, le prix parfait n’existe pas !

      1. J’ai l’impression que je vois tellement de fautes dans les livres que je ne les remarque même plus parce qu’Encens ne m’a pas choquée… Après sur liseuse, j’ai tendance à « scanner » ce que je fais moins avec le format papier. Mais je comprends ton agacement si la ME avait déjà eu des retours sur le manque de correction 🙁
        Oui, aucun prix n’est parfait mais on voit à quel point le PLIB s’améliore d’année en année 🙂

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