Pause Café #4 : Le livre est-il un objet sacré ?

Bonjour à tous, et bienvenue dans ce nouveau blabla livresque ! J’espère que vous allez bien. Je vous propose dans cette Pause Café #4 d’échanger sur notre rapport à l’objet livre. Car nous avons tous des affinités particulières avec le Livre. Pour certains, c’est une pièce de collection, un objet de curiosité dans la bibliothèque, qui se décline en plusieurs éditions, goodies, etc. Pour d’autres, c’est davantage un support, un emballage destiné uniquement à renfermer le texte, le Graal. Evidemment, c’est très tranché, et loin de la réalité, bien plus nuancée et multiple. Mais vous avez compris l’idée. Au bout de cette question, il y a celle-ci : notre rapport à l’objet livre est-il lié à notre façon de lire ?

Le texte, juste le texte, rien que le texte

Je me suis rendue compte, au gré d’échanges sur les réseaux, que j’étais souvent considérée comme une meurtrière de livres, adepte de pratiques sacrilèges. Car j’annote, je corne, je souligne. Et enfin, je casse le dos, pour que le livre tienne à plat quand je le lis. Je parle ici des livres loisir, pas des beaux livres, artbooks et autres pièces de collection.

Vous devez sûrement vous demander pourquoi je fais ça. Pendant mes études, j’avais une enseignante en lettres modernes qui avait une approche très structuraliste de la littérature. Il ne fallait juger, à la manière de Barthes, que le texte, juste le texte, rien que le texte, à la lumière du langage et de sa signification. Lors des épreuves d’explications de texte, elle ôtait même tout le paratexte (titre, auteur, notes, préface etc.). Pensez bien que la couverture et l’édition…

Voilà mon exemplaire du premier tome des Confessions de Rousseau. Et oui je m’y retrouvais très bien, l’emplacement, la couleur et la manière d’annoter étaient liés à un code thématique.

Evidemment, lire pour les études et pour le loisir c’est différent. Oui, mais il se trouve que rien ne m’éclate plus que de lire un texte pour le disséquer. Je fais aux livres ce qu’on faisait aux cœurs de bœuf en cours de science naturelles (c’était chouette, non ?… non ?).

Du coup, je ne multiplie pas les multiples éditions, à peine ai-je deux ou trois exemplaires d’un bouquin quand le premier est trop griffonné. Cela ne veut pas dire que je n’aime pas mes livres, bien au contraire. Ils sont devenus miens, pleinement et complètement (allez prêter un bouquin tout grimé !). Je me suis approprié mes livres.

Car pour moi, un livre c’est d’abord et surtout un texte, un assemblage de mots posés dans un sens et une signification précis, qu’il faut décoder. Enfin, ça c’était vrai avant.

L’objet livre, un objet sacré

Depuis que je lis essentiellement de l’imaginaire (un peu plus de deux ans, maintenant), j’ai évidemment constaté l’effort des éditeurs à créer un objet visuellement très abouti. Cela passe par des couvertures vraiment belles (les illustrateurs se surpassent à chaque fois; ma préférence va à Marcela Bolivar, Aurélien Police et Mina M), des marque-pages offerts à l’achat du livre, une maquette graphique soignée (jolies police et mise en page). Je caricature encore, mais quand je vois ce qui sort à la rentrée littéraire en blanche, pas grand chose ne me fait vraiment envie visuellement (autres Seuil, Plon, Stock… des couvertures à mourir d’ennui). Il me semble que la littérature imaginaire a énormément développé cet aspect-là (vraisemblablement pour gagner des ventes).

C’est d’autant plus vrai lors de projets participatifs (je pense aux ouvrages de Projet Sillex, à des livres de collection, comme Les contes du miroir par Magic Mirror, ou des ouvrages qui feront date (le mook Dune, ou encore celui sur Ursula Le Guin), qui débouchent sur des ouvrages collector.

C’est pour cette raison que je n’achète qu’en neuf. Je veux désormais des beaux bouquins. Que je martyrise d’ailleurs de manière plus soft. Finis les stylos et surligneurs, bonjour le crayon gris, et le calepin pour noter mes idées. Et j’aime aussi les mettre en valeur dans ma bibliothèque, ou en photo sur Instagram. J’apprécie aussi parfois avoir d’autres éditions, quand elles apportent quelque chose (de l’illustration mettant en valeur le texte, par exemple).

Bref, tout ça pour dire que mon intérêt s’est un peu déplacé. S’il était avant uniquement dévolu sur le texte, il l’est désormais aussi sur ce qui accompagne le texte, le contenant. Après tout, on pourrait considérer ça comme du paratexte à part entière, vu l’ampleur que prennent ces éléments sur le texte lui-même. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons en fait :

  • J’aime beaucoup la manière dont sont mis en scène les livres sur Instagram. Je trouve ça très artistique. Ca m’a ouvert les yeux sur la beauté de l’objet livre.
  • J’aime aussi les projets participatifs avec les petits à-côtés. j’ai d’ailleurs une belle collection de goodies Harry Potter, dont la série est mise à l’honneur dans ma bibliothèque (avec la 1ère édition française, chère à mon cœur).
  • j’ai eu une lecture choc, qui m’a ouvert les yeux sur la nature du texte lui-même. Non, un roman n’est pas qu’un assemblage de mots, il y a un auteur derrière, qui met parfois son âme dedans, la livre à nu même. A partir de là, ma vision de l’écrit a changé et est devenue plus humaine, sensible. Je porte désormais de l’intérêt à l’auteur, au lien qu’il peut avoir avec son texte, mais aussi à… moi : je m’étais rarement interrogée sur le fait que j’aime ou pas un livre : ça ne m’importait pas.

Dis moi comment tu lis, je te dirai quel lecteur tu es

Et je me suis rendue compte que ça a modifié ma manière de lire. Mes premières chroniques étaient très analytiques encore, n’abordant pas du tout mon propre ressenti à la lecture. Désormais, c’est différent. Il m’est aussi arrivé d’acheter un bouquin sur sa simple couverture (ça n’a pas toujours été un franc succès remarquez), ou sur la référence de la maison d’édition (je suis d’ailleurs en train de me constituer de belles collections de Noir d’absinthe, Magic Mirror et Nitchevo Factory, mes trois maisons favorites) ou sur le nom de l’auteur. Et il faudrait être de mauvaise foi pour dire qu’un texte magnifiquement mis en page, avec une couverture de rêve, un joli marque-page et une police agréable, n’est pas mieux valorisé ainsi. Et je pense que ça conditionne forcément la lecture.

Est-ce que pour autant je voue un culte à mes livres ? Non, mais je dois reconnaître aussi que j’aime particulièrement soigner ma bibliothèque, l’organiser, la décorer, la mettre en scène, mettre en valeur mes livres. C’est une manière aussi pour moi de me rappeler leur lecture et le bon moment que j’ai passé avec eux. De ce fait, je ne garde dans ma bibliothèque que les livres que j’ai vraiment aimés. Le reste part en cabane à livres (et je prends alors soin à les déposer nickel, sans cornes ni marques d’écriture).

Tout ça pour dire que ma manière de lire a conditionné longtemps mon rapport au livre. Celui-ci changeant, mon rapport au texte (et donc à la lecture) évolue aussi. Il n’est pas rare désormais que je ne chronique plus toutes mes lectures, ou que je lise… pour le plaisir, sans rendre de comptes. Je pense que les deux s’influencent et sont donc liés, de manière inextricable, et que quelque part, notre rapport au livre en dit beaucoup sur notre rapport à la lecture, notre façon de lire et ce qu’on recherche dans la lecture.

Et vous, quel est votre rapport aux livres ?

Ce que je viens d’évoquer est très binaire, et j’imagine que votre pratique se situe peut-être dans un entre-deux, selon les livres que vous lisez, ce que vous recherchez aussi au moment où vous lisez. Je sais que certains lisent plus profondément, avec annotations sur calepin par exemple, des livres qu’ils doivent chroniquer; a contrario, ils s’offrent aussi des lectures de pur plaisir, sans volonté d’écrire une chronique ensuite.

Peut-être vous situez-vous plutôt dans ce cas de figure ? Ou un défenseur pur et dur du livre matériel, avec son lot de goodies qui s’y rapportent ? Est-ce que certains d’entre vous annotent directement dans le texte ? Team post-it ou team surlignage et cornes ?

Plus généralement, quels liens avez-vous avec vos livres ? Avez-vous par exemple des livres chouchous, qui vous suivraient partout ?

Que pensez-vous du point de vue selon lequel notre rapport au livre est lié à notre manière de lire ? Etes-vous d’accord avec ça ? Selon vous, est-ce une influence simultanée, ou l’un conditionne t-il l’autre ?

Quel est votre plus beau livre objet dans votre bibliothèque ? Quel est votre rapport à ce livre ?

C’est la fin de cette pause café #4, j’espère que ce blabla livresque sur l’objet livre vous a plu ! N’hésitez pas à partager vos réactions, pratiques et propres expériences, en commentaire. Je suis toujours pressée de vous lire, j’apprends aussi à vous connaître, comme ça. Je vous retrouverai avec plaisir pour la prochaine Pause Café le samedi 9 octobre, et j’espère rencontrer certains et certaines d’entre vous aux Imaginales la semaine suivante ? 🙂

15 commentaires sur “Pause Café #4 : Le livre est-il un objet sacré ?

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  1. Je pense que ce sujet est l’un des débats le plus vieux du monde concernant la littérature. Personnellement mes livres je les bichonne et les chouchoute le plus possible ! Si je viens à corner, tordre ou abimer une page, la couverture ou que sais-je encore je m’en veux énormément. Il faut dire qu’au delà de la beauté de l’objet il ne faut pas oublier l’aspect financier ! En France, un grand format coute en moyenne plus de 15€ (100fr pour ceux qui les ont connu) et que ce n’est pas à la porté de tous.

    Après pour ton cas et études obligent tu n’avais pas forcément le choix que d’annoter, souligner et personnaliser tes lectures.

    1. Oui, tu as raison de souligner l’aspect financier (hihi, je suis contente de voir que qqun parle encore en francs, quand ça m’arrive tout le monde me regarde avec de gros yeux !), qui effectivement rentre en compte… même si, aussi cher que cela semble paraître, ce prix n’est souvent pas suffisant pour rémunérer correctement tous les acteurs de la chaîne, les auteurs en premier lieu (mais c’est un sujet pour une autre pause café !).
      Mais tu as raison de le lire, acheter plusieurs exemplaires d’un broché à 20 euros parce qu’on a griffonné dedans ce n’est pas possible. Ca m’est arrivé mais pour du format poche.
      Pendant mes études, on avait développé la technique du calque pour justement éviter de trop bousiller le texte (à force, ce n’était plus lisible). Alors on venait en devoir avec nos pochettes canson !!
      Maintenant, je privilégie les calepins (je me suis trouvé une passion pour les carnets, suis-je la seule ? ^^), et je lis aussi pas mal sur liseuse, qui permet d’annoter aussi (même si ce n’est pas forcément fait pour ça et que retrouver ses notes n’est pas toujours facile.
      En tout cas, je comprends tout à fait ton point de vue et le respecte complètement ! Tu as un amour pour tes livres évident, ta bibliothèque doit être très belle ! 🙂

      1. Et bien je suis plus que curieux quant à cette future pause café concernant la rémunération de toute cette chaine 😉

        Concernant ma bibliothèque, je la considère davantage pragmatique que belle. Mes livres sont rangés par ME, elles mêmes classés par ordre alphabétique et ensuite par format… D’abord les grands puis les poches 😉

        1. L’un n’empêche pas l’autre, je suis sûre que tu aimes regarder ta bibliothèque 🙂 Je classe aussi par ME, et format, mais tiens, je pourrais aussi classer par ordre alphabétique (et ordre de sortie !), bien vu !
          Oui, je pense que ce sera le prochain numéro, notamment parce que récemment Projet Silex a été interviewé par Wonderfactory dans son podcast, et je me dis que ça ferait un bon relais aussi, l’occasion de parler de ces petites maisons pas toujours connues… Je te remercie pour ton intérêt 🙂

  2. Corner la page pour marquer l’endroit où j’en suis dans ma lecture est bien le seul mal que j’ai pu faire à un livre. J’ai arrêté depuis. Je prends soin de mes livres car si je n’aime pas je revends et si j’aime je prête à d’autres. Et puis ça ne m’a jamais attirée de griffoner ou stabiloter dessus et j’aime l’objet livre. Je mets mes notes sur un carnet ou mon tel. J’ai des livres chouchou oui mais je continue à en prendre soin. Et je suis deg quand mes fils abîment mes livres (ils sont petits). Mais chacun sa façon de lire un livre 😊 du moment que tu prends du plaisir à lire ainsi, tu fais bien ce que veux avec ce qu’il t’appartient!

    1. ah oui, je te comprends, quand on revend ou on prête un livre, c’est mieux qu’il soit impeccable, par respect pour les autres lecteurs.
      Je tiens à ce que les livres que je dépose en cabane à livres soient impeccables aussi. Comme ce sont des livres que je n’aime pas (et que je le sais assez tôt dans ma lecture), je m’arrange pour les laisser intact.
      Maintenant j’ai des carnets aussi 🙂 J’adore tous les petits calepins, avec du joli papier, en petit format, illustrés ou non… du coup, j’abîme moins mes livres. Parce qu’effectivement, autant un poche à qques sous, ça passe, autant racheter un broché à 20 balles…
      Ah, il va falloir que les petits apprennent le respect de l’objet livre et la bibliothèque de maman 😉

      1. J’ai eu des carnets mais je les ai vite abandonné au final. Oui… mon aîné avait déchiré les pages d’un seul livre, j’espère que mon 2nd ne battra pas ce record!

  3. Je n’aime pas lire un livre annoté ou corné, mais ce n’est pas parce que j’envisage l’objet livre comme sacré, c’est surtout que ce genre de choses me gêne énormément à la (re)lecture. S’il y a quoi que ce soit, j’aurai tout simplement du mal à me focaliser sur le texte. Je n’aime pas non plus les reliures abîmées, parce que je ne trouve pas ça très joli. Je suis aussi d’accord avec Steven sur l’aspect financier du livre. Un livre, ça reste un coût, et ça me soule quand je dois racheter un livre parce que les pages se détachent ou autre.

    Par contre, c’est un peu différent en ce qui concerne les romans que j’écris. A un certain stade, j’aime bien avoir un « livre de travail » que je peux annoter directement pour la correction suivante. J’en fais donc imprimer deux exemplaires, un qui me servira à travailler, l’autre qui restera « vierge ».

    Quant aux livres chouchou – que j’appelle doudou – oui, j’en ai. Ce sont généralement des livres qui me font du bien quand je n’ai pas le moral, que je suis trop fatiguée etc… Il y a notamment certains livres des Annales du Disque-Monde, et plus récemment Nous qui n’existons pas de Mélanie Fazi.

    1. C’est vrai qu’un livre annoté, corné et abîmé ce n’est pas joli du tout et pas très agréable à tenir en main pour une relecture. Je n’y avais pas pensé non plus, mais tu as raison de pointer le fait que les notes peuvent gêner la lecture… Je me dis que ça pourrait influencer une relecture, et empêcherait de découvrir peut-être un nouvel éclairage sur le texte.
      Merci pour le partage de ton expérience d’écriture ! C’est intéressant de découvrir comment les auteurs travaillent leurs textes.
      Quant aux annales du disque-monde… je n’ai encore jamais lu cette série (oui c’est scandaleux, je sais ^^) ! Je m’étais dit récemment que ce serait une bonne idée d’en lire un par mois… !

  4. Oh, alors là, cette question a réveillé quelques traumatismes liés à mon métier. Parce que selon ma casquette, je ne considère pas l’objet livre de la même façon ! Commençons par la casquette bibliothécaire, puisque c’est celle qui suscite le plus d’émoi. A mes yeux, les livres de la bibliothèque où je travaille ne sont pas sacrés. Ce ne sont pas les miens, ils sont là pour être lus, prêtés (et plus un livre est emprunté, plus son état se dégrade au fil des ans). Les murs n’étant pas extensibles et les achats se faisant tout au long de l’année, nous trions régulièrement : un tri qui se fait sur des critères précis, croisés, et surtout pas n’importe comment ! Une fois les ouvrages retirés des rayons, ils ont deux destinations différentes : soit la vente (pour un euro symbolique), soit le pilon (la destruction). Un livre qui part à la destruction, c’est parce qu’il est taché, sale, déchiré, et/ou que son contenu est trop obsolète (les connaissances progressent et il serait dangereux de mettre en n’importe quelles mains un vieux bouquin médical qui prône les vertus de la cigarette, par exemple !). Hélas, beaucoup de gens imaginent le livre comme objet sacré, et tous les ans, on a le droit à la même rengaine : « mais pourquoi vous ne les donnez pas à des assos ? » (ça c’est quand la personne est polie et se pose la question en tout bonne foi) (d’autres fois on a droit à une vraie volée de bois vert, quand ce n’est pas pire, en particulier sur les réseaux sociaux…). La réponse est simple : donner un livre taché ou dégueulasse, ce n’est pas vraiment un cadeau… Les assos méritent mieux ! D’ailleurs, certains livres qu’on ne peut pas vendre (ceux qu’on reçoit en dons et qu’on ne garde pas) sont donnés aux assos s’ils sont propres et récents. Simplement, le public ne le sait pas, puisque ces livres n’intègrent pas nos rayons (en revanche les assos sont ravies)
    Je précise que certaines bibliothèques envoient au pilon même des livres en bon état – il faut savoir que les livres ne nous appartenant pas, on doit suivre des procédures précises. Si la revente n’est pas autorisée par l’administration qui chapeaute la bib’, c’est pilon pour tous les livres retirés. C’est comme ça, c’est le règlement administratif et juridique. Et les bibliothécaires ne faisant pas les lois, ça ne sert à rien d’aller les engueuler là-dessus (oui, ça s’est vu !)
    Car ce sont toujours les bibliothécaires qu’on vient embêter avec ce pilon, alors que quantité de livres *neufs* sont mis au pilon chaque année (tous les invendus des nouveautés, quand les ME font des tirages immenses mais que ça ne s’écoule pas, ça part à la destruction).
    Donc voilà pour ma casquette bib’ !
    Côté casquette lectrice, donc perso : mes livres, je les chouchoute ! Je ne prête qu’à des personnes de confiance. Pas de stabilo dedans depuis que j’ai fini mes études, un marque-page pour retenir où j’en suis, je dépoussière régulièrement, bref, je suis aux petits soins même pour les poches ! (j’ai investi dans une petite pochette en tissu spécial transport de livres). Si j’ai des notes à prendre, c’est dans un carnet.
    Comme j’aime parler des livres que j’ai aimé, je chronique quasi systématiquement. Mais uniquement si j’ai aimé, si mon ressenti est « moyen », « bof » ou « pas aimé du tout », au mieux je fais une courte bafouille sur Babelio, au pire rien du tout. J’ai parfois des lectures « boulot » (services presse ou livres de l’office, quand notre librairie partenaire prête à la bibliothèque des nouveautés pour qu’on puisse faire notre sélection en les ayant lus, et pas seulement à partir de critiques, mais bien sûr on les lit chez nous, en dehors de notre temps de travail !), mais de façon générale, si je n’accroche pas du tout, tant pis, je n’insiste pas, j’ai trop de lectures, je préfère garder mon temps pour celles-ci.
    Je crois que j’ai fait le tour de ta question, merci pour cette pause café, qui met le doigts sur un sujet sensible !

    1. Ohlala ce que tu me dis me parle… ! Effectivement le désherbage et le pilon sont trèèèèès mal vécus en bibli, et donnent toujours lieu à des dramas de taille. Alors qu’honnêtement, comme tu le dis, une vieillerie dépassée, un ouvrage abîmé… n’ont pas leur place dans les rayons. On ne peut pas pousser les murs, donc à un moment si les gens veulent des nouveautés y’a pas trente-six solutions.
      Et comme tu le dis, les assos ne sont pas nos poubelles ! C’est comme si on donnait des vêtements troués à Emmaüs ou la Croix Rouge. Il n’y a aucun respect là-dedans du travail des assos – et de leur public !
      Bref, je connais ça aussi, bien qu’en BU, ça passe mieux qu’en territoriale, enfin disons que ça passe plus inaperçu, le public, plus étudiant, n’a aucune idée du métier ni des logiques de politique documentaire.
      Pour le coup la revente même symbolique j’ai plus de mal, sachant que les acquisitions des biblis proviennent d’argent public. Mais ça se défend, et je me suis procuré pas mal de bouquins comme ça aussi.

      Alors pour le privé, tu vas rire, car j’ai une véritable flopée de marque-pages… empilés dans un coin de la bibli ou accrochés au mur (il y en a de tellement beaux ^^). j’ai aussi acheté une pochette à livres (des maraudeurs, j’adore), mais elle est trop petite pour les brochés, donc ben, elle dort dans la bibliothèque 😀

      Comme toujours, merci beaucoup pour ton partage d’expérience, toujours aussi riche du fait de tes multiples casquettes 🙂 (je jalouse au passage les services de presse que vous recevez dans votre bibliothèque, en BU c’est pas le cas. Tu me diras, un manuel de physique avancé, bon, ça ne me fait pas rêver, par contre un essai de littérature comparée me plairait vraiment bien… (à titre personnel) ^^
      Tu es responsable de quel secteur dans ta bibliothèque ? Imaginaire ? (je me demande… La captive y figure t-elle ? oui, désolée, j’imagine qu’on doit te poser la question sans arrêt !)

      1. Avec plaisir, c’est grâce à tes pauses café, les sujets sont propices à la discussions ! 🙂

        Ahah j’ai aussi toute une collection de marque-pages, rangés dans une trousse ^^ »
        Oui, les BU sont moins souvent ciblées dans les protestations autour du pilon (encore que dernièrement, le plus virulent article que j’ai lu portait sur le désherbage de la bibliothèque d’un musée). Heureusement, d’ailleurs, c’est déjà bien assez désagréable. Quand les gens demandent avec curiosité, ok, mais ceux qui sont agressifs…

        La revente symbolique est assez récente chez nous (on n’avait pas l’autorisation, avant), et du coup le désherbage passe mieux auprès du public. Je comprends ce que tu veux dire, par rapport à l’argent public, ceci dit les bénéfices sont réinjectés à la bib pour acquérir de nouveaux livres, donc quelque part, les lecteurs en bénéficient aussi.

        Alors l’office n’est pas tout à fait un service presse, dans le sens où si on n’achète pas, on rend le livre à la librairie, ça reste leur propriété sauf si on acquiert le livre (auquel cas on garde l’exemplaire prêté, ce qui nous fait gagner du temps par rapport à une commande normale où il y a le temps de livraison, etc). On a mis ça en place il y a quelques années, et c’est vrai que c’est très pratique – côté pro, on peut mieux faire notre choix (même si on n’a pas le temps de tout lire ^^ ») et puis on en profite un peu côté perso, aussi, puisqu’on accède à des nouveautés.
        On ne reçoit pas d’office pour tous les secteurs, uniquement pour certains (sinon ça ferait beaucoup trop à lire, vu qu’on les lit chez nous….)

        Je m’occupe des secteurs Imaginaire (évidemment ! ^^), Roman, Romans policiers et Langues étrangères/Français (linguistique). Les policiers, c’est depuis cette année, alors je découvre (je n’en lis pas d’habitude). On a le droit d’aller lire les livres d’office qui ne sont pas de nos secteurs, mais ceux qui s’en occupent sont prioritaires (logique)

        Et oui, La Captive est dans nos rayons ! 🙂 Ce n’est même pas moi qui ait poussé à l’achat, mais les collègues ^^ » (ne t’excuse pas, on ne me pose pas si souvent la question que ça ! ^^ »)

        1. Je ne connaissais pas du tout ce système de l’office. Je n’ai jamais travaillé en lecture publique, du coup ce concept m’était inconnu. C’est effectivement intéressant et fort pratique, surtout pour le temps de livraison si vous le gardez.

          (Si j’étais à ta place, je serais rivée sur les stats de prêt de la Captive 😀 )

          En tout cas, je trouve ça vraiment super que des bibliothèques offrent ce type de romans dans leurs rayons (par type de roman j’entends surtout roman issu de petites maisons, et écrits par des auteurs pas forcément connus du grand public). Là on voit clairement le rôle que peuvent jouer nos institutions dans la chaîne du livre aussi.

  5. Article fascinant car tu décris comment ta relation avec l’objet a changé en même temps que changeait ta relation avec les textes eux-mêmes. Beau travail d’introspection ! Je m’interroge d’ailleurs si je n’ai pas une relation différente avec les livres que j’ai écoutés en audio…

    1. Bonjour ! Merci pour ton passage et ton retour, et aussi pour ton avis sur cet article 🙂
      A vrai dire, je n’avais pas forcément ça en tête en commençant l’article, mais en écrivant celui-ci, le lien évident entre mon rapport au livre et ma manière de lire (et d’écrire des chroniques ensuite) est apparu, et je trouvais intéressant d’aller pousser la réflexion plus loin.

      Et ton commentaire est fort intéressant, car oui, il y a aussi les livres audio ! Je n’y ai pas pensé du tout car je n’arrive pas à en lire. Mais clairement, c’est une question très intéressante !
      Je lis aussi en ebook, et déjà, le rapport à l’objet diffère. En audio, avec la transformation du texte écrit en récit parlé, j’imagine que quelque chose d’autre encore se crée; un rapport plus intime peut-être, selon qu’on aime les voix du récit ou pas ? Je me suis souvent fait la réflexion qu’un livre qui m’a lassée à l’écrit m’aurait certainement paru plus vif et passionnant en audio… J’ai lu pas mal de chroniques sur des lectures audio où les lecteurs (auditeurs ?) insistent sur cet aspect, qui les a complètement immergés dans la lecture (ou pas).

      Tiens, cela me donne une idée pour une future pause café 🙂 Rien que le terme « livre audio » est intéressant, et interroge bcp de choses… !

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