Pause Café #5 : La chaîne et le prix du livre

Bonjour et bienvenue à tous dans ce nouveau numéro de (très gros) blabla livresque ! Dans cette Pause Café #5, nous allons parler de la chaîne du livre, et de ses acteurs. Ce sujet m’est venu lors du précédent numéro, lors d’une discussion avec Steven au sujet du soin à apporter à l’objet Livre. Nous évoquions notamment le prix des ouvrages, qui est aussi une raison pour laquelle abîmer un livre peut rebuter. Alors je vous propose d’explorer un peu tout ça : comment est fait un livre ? Qui intervient dessus ? Pourquoi coûte-t-il aussi cher ? Y a-t-il d’autres voies alternatives au schéma éditorial classique ?

 

L’idée n’est pas d’être exhaustif ici. J’ai évidemment essayé d’étayer mes propos avec des exemples et des chiffres officiels, histoire de ne pas raconter d’âneries et des trucs sortis de mon chapeau basés sur rien. Mais ce n’est pas une thèse sur le sujet, donc forcément, il y aura des trous. Voyez plutôt ça comme mon point de vue sur la situation, que vous partagerez peut-être… voire pas du tout (je m’attends plutôt à « pas du tout », à me faire huer et à recevoir des tomates, à vrai dire ; si vous êtes scandalisé à la fin de ce numéro, gardez vos tomates (ce serait du gâchis de me les balancer), et partagez vos réactions en commentaires 🙂 ).

Le circuit « classique »

La chaîne du livre, c’est une multitude d’acteurs, depuis l’écrivain jusque le lecteur. On parle de chaîne, car beaucoup d’acteurs se succèdent comme des maillons. On part d’un manuscrit, pour arriver à un livre abouti dans les mains du lecteur. La chaîne du livre est associée au circuit éditorial classique, c’est à dire l’édition à compte d’éditeur.

L’auteur et l’éditeur

On dit souvent que l’éditeur est le maillon qui « prend les risques ». C’est lui qui fait le pari sur la vente de l’ouvrage. Il va avancer tous les frais, de la prise en charge du manuscrit jusqu’à la commercialisation du livre. Il va donc compter sur le succès du livre. L’éditeur est sur plusieurs fronts :

  • Il transforme le manuscrit en texte publiable selon sa ligne éditoriale (relecture, corrections)
  • C’est également l’éditeur qui met en page le manuscrit, en faisant appel à des graphistes et illustrateurs, pour réaliser maquette, couverture, éventuellement illustrations intérieures. Enfin, c’est lui qui lance la fabrication du livre par le biais de son imprimeur.
  • Il peut assurer également la diffusion et la promotion du livre.

Le chiffre d’affaires d’un éditeur provient à 95.1 % des produits de la vente du livre. Le restant (4.9%) provient de la cession de droits (Source : Les chiffres du Syndicat National de l’édition, 2020-2021).

En échange, l’auteur n’avance aucun frais, mais cède ses droits patrimoniaux à l’éditeur, en négociant avec celui-ci (sur la durée de cession, le montant des droits qui lui reviennent etc.). Son revenu sera donc un pourcentage sur chaque vente de livre. Mais en vérité, l’auteur ne va toucher de royalties qu’après un certain nombre de ventes. En effet, pour qu’il puisse lui aussi remplir son frigo et manger le soir, l’éditeur lui signe généralement un à-valoir au début de son contrat. L’auteur ne touchera donc sa part sur les ventes qu’une fois que celles-ci auront produit plus du montant de l’à-valoir de droits d’auteur.

Si le livre ne se vend pas suffisamment bien… pas de bol pour l’éditeur (d’où la prise de risque), car l’auteur n’aura pas à rembourser son à-valoir.

Autres acteurs de la chaîne

  • L’imprimeur : il fabrique le livre.
  • Le diffuseur : il vend le livre aux librairies et points de vente, et assure la promotion du livre (cette partie pouvant être prise en charge par l’éditeur lui-même).
  • Le distributeur : assure toute la logistique (envoi et retour des bouquins) et tous les flux financiers (achat, remboursement).
  • Et enfin les points de vente, dont les plus connus sont les librairies, qui vendent le livre (à tarif fixe, conformément à la Loi Lang sur le prix unique du livre du 10 août 1981 ; la remise ne peut pas excéder 5%).

Le prix du livre

Nous en venons donc au nerf de la guerre : les sous. Combien coûte un livre, et pourquoi ce prix ?

Un broché neuf coûte entre 15 et 23 € en général (cela exclut le format court, au coût forcément plus faible, et les bouquins qui contiennent beaucoup d’illustrations et de planches, forcément plus chers). Voici comment se répartissent les coûts (source : Le marché du livre – Ministère de la Culture et de la Communication) :

Pourquoi la part des points de vente est-elle la plus grosse ? Pour plusieurs raisons : c’est cet acteur qui permet au livre d’être vendu ! Et surtout c’est celui qui gère le stock final, c’est-à-dire l’entrepôt dans son arrière-boutique/magasin/réserve… des bouquins qu’il a achetés pour la vente. Et le stock, ça coûte très cher. Le vendeur paie le prix au m², les fluides, l’électricité, la manutention etc.

En images

Je vous renvoie à l’infographie explicative passionnante et très claire réalisée sur le site de Projets Sillex. Non seulement, cet éditeur présente la chaîne classique telle qu’elle est aujourd’hui, mais il en pointe également les limites et les paradoxes. Nous reparlerons de cet acteur singulier plus bas.

Voies alternatives

A côté de ce schéma classique, d’autres circuits existent.

L’édition à compte d’auteur

Ce n’est pas un circuit récent, mais il existe malgré tout, donc je le mentionne rapidement. L’auteur paie l’éditeur pour que celui-ci publie son roman. L’éditeur assure seulement la partie technique de l’édition et de la diffusion. L’auteur paie les frais d’impression et de publicité de son livre et reste propriétaire des droits d’auteur. Ce schéma est un peu décrié, tant sur l’aspect intellectuel de l’édition du livre, que sur la question financière, qui fait reposer le risque sur l’auteur. Je n’ai pas d’information sur l’impact de ce circuit sur le coût final du livre en revanche, donc je ne vais pas m’avancer là-dessus.

L’autoédition

Pour le coup, c’est là un phénomène assez récent, et encore mal connu. L’autoédition est une grosse prise de risque pour les auteurs, qui avancent tous les frais et font tout… tout seuls. Au final, ils vendent assez peu, et très peu cher (les ebooks sur KDP, la plateforme de publication d’Amazon, sont souvent à moins de 5€…).

On peut se réjouir d’un foisonnement de l’offre littéraire, d’un circuit éditorial alternatif, d’une reprise en main par l’auteur de son œuvre, qui lui appartient pleinement. Personnellement (et je dis bien personnellement), j’y trouve un problème de taille : c’est que le nombre de lecteurs, lui… reste assez stable. Avec une offre exponentielle, le ratio de lecteurs par livre diminue. Forcément.

En ce qui me concerne, je n’arrive déjà pas à suivre toutes les sorties mensuelles des éditeurs (rien qu’en imaginaire !), alors forcément, si je rajoute l’autoédition à ma veille, je vais devoir faire des choix. Je ne peux pas augmenter davantage mon temps de lecture. Je lis de l’autoédition de temps en temps (notamment dans le cadre de mon activité de jurée pour le prix des auteurs inconnus 2020). Mais pour l’instant, mon choix se porte essentiellement sur l’édition classique (Pourquoi ? Ce sera un autre sujet de pause-café, si vous le voulez bien ! 😉 ).

Des financements participatifs

Je parle assez régulièrement des Ulule et compagnie dans mes newsletters mensuelles. Ce que j’aime dans ce type de financement, c’est que c’est le lecteur qui décide de la réalisation d’un projet. Il paie en avance un ouvrage qui n’est pas encore fabriqué.

Qu’est-ce que ça change ? Tout ! D’abord, c’est le lecteur qui crée l’offre : il reprend la main sur ce qui sera publié, ou non. Il n’est plus le consommateur passif.

D’autre part, le livre est fabriqué, en général, en quantité limitée et c’est de la vente directe : frais d’impression limités, exit les frais de diffusion & distribution auprès des points de vente, et adieu les stocks à gérer.

Le gros avantage de ce type de financements, c’est qu’une fois certains paliers financiers atteints, le livre peut devenir un véritable objet de collection. J’aime aussi beaucoup la transparence sur les coûts induits par la campagne.

C’est notamment le cas du récent projet Les contes du miroir, mené par la maison Magic Mirror, ou encore celui de Twinkle Editions, pour le roman de Laetitia Arnould, Là où réside l’hiver. L’avantage de ce type de projets est aussi de lancer des petites maisons d’édition. Un projet fort intéressant est aussi en cours chez Noir d’Absinthe, pour Dremence, un roman illustré et mis en musique, par Morgane Stankiewiez, Amaryan et Louise Le Bars.

Le circuit court façon Projets Sillex

Une maison d’édition fonctionne uniquement avec ce schéma éditorial : c’est Projets Sillex. Je vous en avais déjà parlé, notamment lors de son dernier projet, l’anthologie de fantasy animalière Féro(ce)cités. Concrètement, chez Projets Sillex, c’est un circuit court du livre, avec une rémunération des auteurs à hauteur de 30 % du montant du livre. Et de très beaux livres.

Je vous invite à découvrir cette maison et sa philosophie par le biais de l’interview réalisée sur le blog Wonderfactory. Ce blog est tenu par Sandy Ruperti, l’éditrice de Magic Mirror, et vous pouvez retrouver chaque semaine un épisode de son podcast Writers Factory. C’est fort passionnant, et je vous recommande de le suivre : Sandy aborde des sujets qui touchent à l’édition et au circuit du livre, avec un point de vue professionnel.

Des maisons d’édition qui rabotent leur propre rémunération

Justement, parlons-en de Magic Mirror, cette maison qui fête d’ailleurs ses 5 ans cette année. Elle est spécialisée dans la réécriture de contes. Elle est dirigée par Sandy Ruperti et possède aujourd’hui le statut associatif. L’éditrice ne se rémunère pas du tout pour son travail. Cela permet de limiter le coût final du livre, tout en rémunérant davantage les auteurs.

Vous pouvez également retrouver le témoignage de Sandy sur son expérience dans un épisode de son podcast « Travailler 5 ans sans salaire ». C’est fort éclairant, l’expérience d’une passionnée !

Qui doit payer l’addition ?

Une chaîne bancale

On voit bien qu’il y a un problème sur cette chaîne du livre. Elle rassemble beaucoup d’acteurs, et plus il y a d’intervenants, plus la facture va être salée. Alors chacun tente de limiter les coûts tout en essayant de rentrer dans ses sous (voire pas du tout). Une position d’équilibriste et pas du tout juste.

Il me semble que l’opinion générale admet globalement que les auteurs sont sous payés, mais aussi qu’un livre est trop cher, et que chaque acteur de la chaîne après l’auteur doit faire des efforts pour contenir ses coûts. Tout ceci est un peu paradoxal… Et chaque voie alternative envisage la question sous cet angle : réduire les coûts de l’édition, ou des stocks, ou d’impression, ou de distribution.

Pour moi, il y a deux problèmes :

  • L’idée qu’un acteur de la chaîne, quel qu’il soit, n’est pas justement rémunéré pour le travail qu’il effectue me gêne profondément. Cette idée de réduction de coût au détriment d’une juste rémunération me pose un gros problème moral.
  • On parle d’efforts à faire dans la chaîne, mais sans jamais mentionner l’acteur principal : le lecteur. Le consommateur final. Pourquoi ne ferait-il pas des efforts, lui aussi, pour payer un peu plus cher son livre ?

Sans solution magique

Evidemment qu’un livre de 15/20 € représente un coût important, surtout quand on lit beaucoup chaque mois. Si on me dit demain qu’avec la même somme mensuelle, je ne pourrai plus acheter autant de livres, je vais tirer la tronche. D’autre part, demander au lecteur de payer plus cher son livre risque de détourner celui-ci de l’achat neuf, au profit par exemple de l’occasion (Vinted et cie) ou de l’achat numérique, moins cher. Bref, augmenter le prix des livres c’est autant de consommateurs en moins. C’est d’ailleurs tout le problème soulevé par la récente proposition de loi sur la fixation d’un tarif d’envoi des livres (entre autres).

Mais n’y aurait-il pas un travail de pédagogie à faire aussi du côté du lecteur, malgré tout ? On voit bien le succès des financements participatifs, dont les premiers packs ne sont pas donnés du tout (un petit nombre limité de packs à 25/30 € et les suivants à 45/50 €). Donc le consommateur peut mettre le prix, quand il le souhaite. Quand il le juge cohérent et justifié. Je pense qu’il faudrait davantage communiquer auprès du consommateur final sur les raisons du coût d’un livre.

Peut-être qu’une solution serait aussi d’acheter moins, mais mieux. Quand je regarde mon comportement d’acheteuse, parfois ça frôle l’impulsion. Ma PaL contient 44 titres, ma wishlist près du double. C’est ridicule. Depuis cet été, j’achète moins, oui. Mais mieux : directement chez les éditeurs ou en librairie (adieu Amazon et son clic fastoche, mais je conçois que quand on habite à 50 km de la librairie la plus proche, c’est fort pratique), davantage de projets participatifs, et puis je cible plus (je n’achète que ce que je compte lire dans les semaines qui viennent, je cible les ME…).

Mais on en revient au problème initial : si le consommateur achète moins, ça ne fera les affaires de personne. Oui, d’accord, mais en même temps, il y a teeeellement de sorties, que de toute façon, un ouvrage qui sort fédère beaucoup moins de consommateurs qu’avant. Déjà là, ça tangue. Hé oui, il n’y a pas de solution miracle, mais est-ce pour autant qu’il n’y a pas de solutions ? Peut-être que c’est à tous les niveaux de la chaîne, lecteur compris, qu’il va falloir que ça bouge ?

La parole est à vous…

Je ne dirais pas que j’ai fait le tour de la question, mais je vous ai livré mon point de vue sur le sujet, ainsi que mes interrogations et réflexions en cours. Qu’en pensez-vous ? Avez-vous envie de me jeter des tomates ?

Selon vous, un livre est-il trop cher aujourd’hui ? (C’est vrai qu’on n’a pas parlé de l’inflation des coûts). Seriez-vous prêts à mettre plus cher pour un livre, si cela impliquait que chacun était rémunéré plus justement ? Ou pensez-vous qu’il s’agit plutôt d’une mauvaise répartition des coûts ?

 

Je sais qu’il y a ici des auteurs, libraires, bibliothécaires… : votre point de vue sur le sujet, en tant que professionnels, sera fortement utile, et apprécié ! N’hésitez donc pas à commenter, corriger mes propos si vous y voyez des énormités, et ajouter des nuances que je n’aurais pas perçues, autant d’éléments qui nous permettront de mieux appréhender la situation. Je termine cette Pause café #5 en remerciant chaleureusement Steven pour m’avoir donné l’idée de ce blabla 🙂 Passez un très bon week-end, et à très bientôt !

12 commentaires sur “Pause Café #5 : La chaîne et le prix du livre

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  1. Encore un article passionnant de Pause Café. Je suis comme toi, je ne suis pas trop l’auto-édition à cause de la qualité très inégale des productions : vu ce que je dépense chaque mois en temps et en argent pour lire, c’est une trop grosse prise de risque. Idem pour les financements participatifs, d’ailleurs. Pour l’instant, aucun projet, hormis celui de Mnémos pour Lovecraft, ne m’a paru vraiment valoir l’argent investi. Mais je suis également pour la plus grande diversité possible (source de richesse), et je trouve que cette multiplication des offres est une très bonne chose ! L’essentiel, c’est que chacun y trouve son compte. Tout le monde ne veut/peut pas être publié en ME, qui reste le moyen le plus sélectif et garant, à mon avis personnel, d’une certaine qualité (ne serait-ce qu’à cause des corrections éditoriales). Idem pour l’AE : tout le monde n’est pas capable ou désireux de le faire, car cela demande de maitriser un éventail de compétences très large, si on veut fournir de la qualité. J’attends avec impatience ton article sur le sujet !

    1. Merci pour ton passage, et le partage de ton expérience ! 🙂
      Tu as tout à fait raison sur la diversité des offres, ça amène une plus grande souplesse et chacun peut davantage y trouver son compte en effet. Mais il n’y a pas effectivement pas de modèle idéal, l’autoédition peut sembler plus souple que l’édition classique mais c’est du boulot de toute faire tout seul. En revanche, le modèle éditorial peut sembler trop rigide pour d’autres.
      Par contre, mon avis sur la qualité des textes en autoédition est plus nuancé. Evidemment, j’ai lu de très mauvais textes (objectivement mal écrits, surtout pas relus en fait). Mais j’en ai lus aussi des excellents. A contrario, j’ai lu de sacrées bouses pourtant éditées et pas relues non plus, ce qui m’a davantage scandalisée qu’en autoédition (parce qu’on attend justement que ce boulot de correction soit fait !).
      Je manque de chiffres pour étayer mes propos sur l’autoédition, sur le nb de textes parus et la proportion de bons textes (d’autant que c’est complètement subjectif, hormis la grammaire et l’orthographe malmenées).
      Ce qui manque en autoédition, c’est une sorte de veille qui repérerait les pépites à lire. Un écrémage qui nous guiderait, nous lecteurs. Là effectivement j’ai l’impression de me noyer dans un océan de titres et de chercher une perle, un peu désespérément.
      Je vais pas mal potasser le sujet d’ici la pause café sur ce sujet, et échanger avec des autoédités qui font des posts très intéressants sur ces sujets régulièrement (notamment@lecture_obscure sur instagram).

  2. Je découvre ton blog… il n’est jamais trop tard !

    Très intéressant article. Entre l’auteur qui veut (devrait) gagner plus et le lecteur qui voudrait payer (souvent) moins en ayant à la fois la qualité et un choix varié, c’est compliqué !

    Pour ma part, je n’achète qu’en numérique (sauf rares exceptions !) et nous sommes de plus en plus nombreux dans ce cas. Même si cela reste marginal il faut le prendre en compte.

    Et pour finir les projets collaboratifs ne me conviennent jamais. Ca ne tourne jamais autour de la Hard-SF !!! :p

    Très sympa le coin, je reviendrai y faire un tour. lol

    1. Hello ! En effet, mieux vaut tard que jamais ahah. Je suis ravie du coup que tu aies trouvé tout ceci intéressant 🙂

      Oui tu as raison, le numérique rentre en ligne de compte, ce n’est pas négligeable. J’achète bcp en numérique aussi, pour l’aspect pratique. Et économique, évidemment, on ne va pas se mentir. Je me demande si ce n’est pas qqch qui va d’ailleurs prendre davantage d’ampleur si les frais d’envoi s’ajoutent au prix du livre désormais.
      Et maintenant que tu le fais remarquer… c’est vrai que les projets participatifs ne sont que rarement SF. Alors hard-SF n’en parlons pas, je comprends ta frustration !

      Merci pour ton passage, et à la prochaine, alors, avec plaisir 🙂

      1. Après un survol rapide de tes chroniques, je me rends compte que nous ne lisons pas du tout les mêmes choses à 2 ou 3 exceptions. Mais cela ne m’empêchera pas de revenir par ici de temps en temps… :p

        1. Hé beh oui, je lis peu de SF en fait. Parce que je n’ai pas encore trouvé ce qui me convient 🙁 d’ailleurs, si tu as des conseils à donner à une novice en la matière… je suis preneuse ! Typiquement, les classiques ne me font pas envie (Dune, Asimov…), les UHL du Bélial ne me parlent pas trop et je passe souvent à côté, et après il y a des titres dont j’entends bcp de bien mais je sais que j’aurai du mal (Ada Palmer etc.). Bref, je ne sais pas trop vers quoi m’orienter…

  3. Un article très intéressant et complet ! Merci pour le travail, de rassembler tout ces éléments, de le rendre claire avec une ligne très compréhensible ! Bravo !

  4. Une Pause café toujours aussi intéressante ! Ton analyse de la chaîne du livre est pertinente, néanmoins un point m’a fait tiquer : « l’éditeur prend tous les risques ».
    Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation, qui participe (entre autres, il y a bien d’autres raisons !) au fait que le rapport auteur/éditeur reste déséquilibré.
    Alors oui, pour les petites maisons d’édition la prise de risque est là – souvent, les éditeurs de petites ME sont dans des situations aussi précaires que les auteurs, et ils n’ont pas les mêmes moyens de promotion ni de diffusion/distribution que les grosses structures. Dans ces cas-là, oui, je suis d’accord avec toi, l’éditeur prend de gros risques, car sa structure est petite.
    Mais ce n’est pas le cas des grandes et moyennes ME, qui ont de quoi se retourner.
    En revanche, quelle que soit la taille de sa ME, l’auteur est dans une position précaire.
    L’a-valoir n’est pas systématique, de plus, des frais sont prélevés dessus (cotisations sociales et retraite). Et il est loin de couvrir la réalité du travail effectué avant la publication (sans parler des frais de déplacement, salons, conférences, etc après parution). C’est l’auteur, qui prend le plus de risques : celui de voir son manuscrit refusé en dépit d’un accord, celui de voir son manuscrit mal vendu, mal géré (il y a des contrats abusifs, des éditeurs peu scrupuleux, etc), celui de ne pas recevoir ses droits d’auteur, etc. Sans voir son travail ni son métier reconnu – l’auteur cotise, mais ne reçoit pas les indemnités auxquelles il a droit car le statut d’auteur n’existe pas pour l’administration ! (sauf pour lui demander des sous).
    L’auteur est à la base de la chaîne du livre, et c’est lui le plus mal loti.
    Bien sûr, toutes les ME ne sont pas des requins qui vont profiter sur le dos de l’auteur, et heureusement ! Mais en l’absence de contrats-types, de structure administrative du métier, de reconnaissance, tout simplement, du métier, cela laisse hélas la place à des abus pour les moins scrupuleuses des ME.
    Donc non, l’éditeur de moyenne ou grosse ME ne prends pas tous les risques.
    Désolée si mon message sonne un peu militant, d’autant que je suis dans la position confortable d’être autrice avec un métier du livre à côté, donc dans le même secteur et qui m’évite de me faire des cheveux blancs pour les fins de mois, mais ce n’est pas le cas de toutes et tous. De nombreux auteurs à temps plein pointent de plus en plus du doigts la précarité de leur situation et les problématiques auxquelles ils sont confrontés, et il me paraissait important de le rappeler.
    Merci encore pour cette pause café ! 🙂

    1. Ahhh, je dois te dire que je suis RAVIE que tu sois passée par ici ! J’attendais ton retour sur la question, je me doutais que tu aurais beaucoup d’eau à rajouter au moulin, et que tu nuancerais beaucoup de choses du fait de ton point de vue d’autrice. MERCI infiniment, donc !!

      Et en plus, ce que tu évoques c’est super intéressant, car j’ignorais plein de choses. Déjà d’une part, tu as tout à fait raison de mentionner la différence entre petite et moyenne/grande ME. C’est évident, je ne l’ai pas mentionné, mais tu as raison d’apporter cette nuance très importante, qui ne coule pas forcément de source pour tout le monde.
      Ensuite, hé bien je dois t’avouer que j’ignorais que l’à-valoir n’était pas systématique, et encore moins que cette somme était soumise à prélèvements, sachant que vous n’avez droit à… rien ensuite 😐
      Pardon si je semble naïve, mais comment c’est possible ? Je savais que le métier d’auteur n’était pas reconnu, que cela posait tout un tas de pb que j’avais en tête, mais j’étais loin d’imaginer que vous cotisiez malgré tout.

      Ton message résonne encore plus fort qu’il rejoint l’appel au secours d’Adrien Tomas lors de la cérémonie de la remise des prix des Imaginales samedi soir. Il a mentionné notamment le fait que peu d’auteurs sont syndiqués. Vous avez des syndicats propres aux auteurs ? Je demande ça parce que c’est important d’avoir des syndicats propres à son corps de métier. Je me souviens de quand j’étais fleuriste, il n’y avait pas de syndicats spécifiques; du coup, on avait une convention collective merdique, à se demander qui avait bien pu négocier un truc comme ça.

      Dernier truc que je voudrais te demander : quand tu parles des déplacements, salons, conférences etc. : comment font les auteurs ? ils prennent en charge tous les frais de déplacement et d’hébergement ? Je me suis demandé comment avaient fait les auteurices qui sont venus aux Imaginales. j’en ai vu bcp dans mon train aller et retour, et je me suis demandé s’il y avait qqch de prévu pour eux ou s’ils devaient tout prendre en charge sur leurs deniers personnels.

      Et merci à toi d’avoir apporté tous ces éléments fort intéressants !

      1. Avec plaisir, tes pauses café sont toujours passionnantes ! (le reste du blog aussi, bien sûr ! ^^)

        Pour répondre à tes questions, je te rassure : si les ventes sont bonnes, on touche les droits d’auteur qui dépassent l’a-valoir, l’a-valoir n’est qu’une avance qu’on est sûr de garder quoi qu’il arrive. Et si le livre se vend assez pour que les DA dépassent le montant de l’a-valoir, on touche bien entendu les droits – mais on cotise dessus aussi.

        Les cotisations sont identiques à celles de tous les travailleurs, mais l’inconvénient c’est que c’est la croix et la bannière pour toucher les indemnités – Samantha Bailly, par exemple, a du batailler avec la Sécu pour obtenir son congé maternité, et ne l’a touché qu’alors que son bébé avait déjà 6 mois ! Quant à la retraite, c’est géré par un organisme qui (scandale qui a éclaté il y a quelques mois, ou l’an dernier, je ne me rappelle plus) a touché pendant 20 ans les cotisations retraite mais « oublié » de gérer derrière, résultat plusieurs auteurs à temps plein se sont retrouvé le bec dans l’eau le jour de la retraite. Tout ça parce qu’il n’y a pas de structure claire quant au métier d’auteur.

        Tu comprends que les auteurs commencent de plus en plus à tirer la sonnette d’alarme, ce n’est pas normal de cotiser sans avoir droit en retour à ce pour quoi on cotise ! D’autant qu’une réforme, en 2019, oblige à cotiser pour la sécu des auteurs dès le premier euro perçu – avant, il fallait atteindre un certain palier de revenus, ce qui permettait aux auteurs comme moi, ayant un autre métier, de ne pas cotiser pour la sécu des auteurs. Depuis 2019, on doit cotiser dès le premier euro touché pour la sécu.

        Pour la retraite, c’est au choix : si on touche peu, on peut surcotiser pour cotiser pour la retraite (moi j’ai refusé la surcotisation car je cotise déjà pour la retraite avec ma casquette de bibliothécaire, ça n’avait donc pas de sens de payer davantage pour quelque chose que je cotise déjà par ailleurs, par contre je suis obligée de cotiser aussi pour la sécu des auteurs dès le premier euro touché)

        J’ai regardé la remise des prix et vu le discours d’Adrien Tomas, effectivement, je comprends son discours, les auteurs à temps plein galèrent, et galèrent de plus en plus.

        Il existe plusieurs organismes syndicaux : la Ligue des auteurs professionnels, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, etc mais ce qui nous manque, c’est un représentant. Pour le moment, les auteurs ne peuvent pas voter pour leur représentant professionnel lors des grandes décisions, alors que d’autres organismes de la chaîne du livre le sont. Et ça bloque considérablement les choses.

        Alors pour les déplacements et salons, il y a plusieurs cas de figure :
        – la ME prend les frais en charge (déplacement, logement, nourriture – tout ou partie), et l’auteur n’a rien à avancer ou seulement une partie.
        Cela nécessite, bien sûr, que la ME en ait les moyens, tu t’en doutes, pour les petites structures, c’est moins évident que pour les grosses ME d’avancer les frais pour les auteurs.
        – le salon invite l’auteur et prend les frais en charge
        pour les invités officiels, souvent le salon prend tous les frais en charge, la ME n’a rien à avancer, ni l’auteur
        – ni la ME ni le salon ne prend les frais en charge (auteur non invité officiel, ME avec une trésorerie trop petite pour tout payer, etc) et dans ce cas c’est l’auteur qui avance les frais.
        Souvent, pour les petites ME, c’est le système D : conscientes qu’elles ne peuvent pas gérer les frais des auteurs, les petites ME tâchent de proposer covoiturage, colocation, ce genre de choses pour limiter les frais persos de tout le monde. Parce qu’elles prendraient volontiers ces frais en charge, mais la taille de leur structure ne le permet pas (les stands sont souvent payants pour les ME, en salon)

        Pour les conférences, c’est un autre cas de figure : c’est facturé souvent par les organismes invitants, qui prennent parfois également en, charge les frais de déplacement. Ce n’est pas systématique cependant, mais c’est de plus en plus courant, même en salon (enfin, je crois)

        Bref, comme tu le vois, c’est du cas par cas, notamment parce qu’il n’y a pas – encore une fois – de structure claire au niveau du métier, que celui-ci n’existe pas ou mal dans les formulaires administratifs (sauf pour la gestion des cotisations – et encore, je t’ai épargné le bazar monstre qu’est le site de la sécu des auteurs et ses bugs hallucinants, sinon mon pavé doublerait de taille…), qu’il n’y a pas de contrat d’édition type qui permettrait d’éviter les clauses abusives, qu’il n’y a pas de prise en charge systématique des frais lors des interventions, etc etc.

        Bon je brosse le truc grossièrement, mais la Ligue communique beaucoup dessus en ce moment, et Adrien Tomas en parle régulièrement aussi sur son Twitter, et ils le font de manière plus précise et plus claire que moi ^^ »

        La ligue propose depuis plusieurs semaines 30 mesures à apporter sur les réseaux sociaux, c’est assez intéressant à suivre car ils détaillent chaque fois les problématiques sur un point précis et ce qui pourrait être fait pour régler le dit-problème. Si tu veux connaître « l’envers du décor », c’est un bon moyen – même moi, j’y apprends encore des choses !

        Bien que j’ai pas mal levé le voile sur les coulisses du métier d’auteur, j’ai encore à apprendre, donc je peux avoir oublié des détails ou m’être trompée sur d’autres, je ne connais pas les pratiques de tous les salons ni toutes les ME, qui peuvent varier, mais ça peut te donner une idée des choses, tout du moins dans ce que je sais.

        Encore merci pour cette pause café, et pour lire mes pavés ! (décidément, tu me donnes matière à causer ! ^^)

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