Avis flash #12 : Juillet 2023

3 lectures pour cet avis flash #12 du mois de juillet :
Marge Nantel : A l’ombre des miroirs
Léa Silhol : Avant l’hiver

Jeff VanderMeer : Borne

Marge Nantel, A l’ombre des miroirs

Résumé

Sinewanda règne à Askaar, 4 ans après son coup d’Etat où il a désactivé les disques magiques qui asservissaient la population. Tout semble aller bien, mais il ne fait pas l’unanimité, loin de là. Les complots ne sont pas loin.

Gil de Sabhe est un ancien disciple de la guilde des assassins. Il va être envoyé à la capitale avec son ami Canopée en mission top secrète. Les ennuis commencent.

Avis flash

Premier retour pour cet avis flash #12, pour une lecture qui s’est étendue sur une bonne quinzaine de jours.

Contrairement à Hors caste que j’avais beaucoup aimé, la mayonnaise n’a pas pris ici cette fois. Pourtant, c’est plutôt plaisant. On est dans un mélange de cape et d’épée avec de la fantasy, un roman d’aventures efficace, le groupe d’amis central du roman fonctionne bien. Pourtant, ça ne m’a pas suffi. Car trop efficace, et seulement divertissant.

Tout est (trop) bien huilé. Un complot classique, du suspense là où on l’attend, des rebondissements au bon moment, un rythme assez égal et soutenu pour éviter l’ennui… J’ai trouvé le tout sans surprise. Un peu fourre-tout aussi par endroits, ça aurait mérité quelques temps de pause pour laisser les choses décanter. J’ai eu l’impression que les idées se bousculaient, jusqu’à ne plus être assez limpides pour qu’on saisisse bien les enjeux de ce qui est raconté.

Petite déception aussi sur les personnages, essentiellement masculins. Je regrette la quasi absence de persos féminins, et je ne parle pas de celle du fond qui se fait détrousser ou de la prostituée du coin. Oui, vous me direz, il y a UN perso féminin assez central, mais plus passionné par ses jupes et j’avoue que son amourette finale (qu’on voyait venir à 10 000 lieues) m’a fait soupirer. Alors forcément, j’ai eu un peu plus de mal à me sentir totalement bienvenue dans ce cercle fraternel. Même si, je dois le reconnaître, cette alchimie entre amis est vraiment géniale.

Quant à la magie, j’ai trouvé qu’elle manquait de précision et de force. Cette histoire de disques n’est que partiellement exploitée, finalement. Ca reste un décor de loin, et c’est dommage car le complot est en lien avec un passé relativement frais et lié à ces disques. Mais ça reste vague, la magie restant un artifice assez commode ici et là. Mais sa source, son utilité, ses liens avec l’univers et l’intrigue restent distants et flous.

Et puis finalement, au-delà du divertissement sympathique, hé bien pas grand chose. Vous me direz, tout n’a pas besoin non plus de décoiffer/questionner/déranger/réinventer le monde. Mais j’avoue que ce type de lectures ne parvient plus à imprimer chez moi de marque quelconque. Ca me fait passer un moment sympa à un temps T et puis ça part aux oubliettes, très vite.

Léa Silhol, Avant l’hiver

4ème de couverture (extrait)

Ce premier Vertige s’exerce à démêler, aux côtés du barde Kelis, les écheveaux des Cours de Vertigen, des jours d’Aana aux batailles pour Erin, de la Chute de Tréaga aux pactes de Dorcha, jusqu’au bris des royaumes fae, et la venue des temps de Seuil, tels que relatés dans les romans La Sève et le Givre et La Glace et la Nuit.

Avis flash

Après mes lectures de La sève et le givre, La glace et la nuit – Nigredo et Albédo et enfin Cauda Pavonis, je me suis plongée dans les à côtés de Vertigen.

On y retrouve notre barde Kélis, à travers ses carnets qui nous plongent dans le quotidien des clartés de Faërie. Plusieurs actes, et plusieurs scènes : on retrouve l’aspect théâtral qui régissait les autres textes du cycle. Chaque scène ses personnages, son cadre, et sa discussion avec un grand du royaume. Ces différents textes sont des confidences recueillies patiemment par Kélis en sa qualité de barde, de mémoire et d’archiviste. L’atmosphère est feutrée, intime; l’écriture une prose toujours poétique. Ces récits nous aident à saisir la substantifique moëlle de Vertigen.

Avant l’hiver revient sur l’époque d’avant Angharad, donc tous les événements antérieurs à La sève et le givre et sa suite La glace et la nuit. Le recueil nous apporte un contexte, une histoire, et un background hyper détaillé. L’occasion de donner de la consistance au royaume et aux personnages secondaires, et d’en comprendre les origines, le fonctionnement et les tensions. Le recueil est d’ailleurs sous-titré « Architectonique des clartés ». Sous-entendant l’équilibre fragile du Royaume qui tangue dangereusement d’ailleurs plus tard. Avant l’hiver est donc un recueil historique, politique et géographique.

Fort passionnant pour tout lecteur de la Trame. Attention, le recueil s’adresse aux personnes qui ont déjà lu le cycle Vertigen. C’est l’occasion de nombreux « ahhhh », et « ohhh » quand les fils tissés par Léa Silhol se rejoignent, que les astres s’alignent et que l’on comprend plein de choses… !

Jeff VanderMeer, Borne

4ème de couverture

J’ai trouvé Borne quand l’ours géant Mord est venu rôder près de chez nous par une belle journée couleur bronze.

Pour moi, au début, Borne n’était qu’un objet de récupération. J’ignorais quelle importance il aurait pour nous.

Je ne pouvais pas savoir qu’il changerait tout. Y compris moi.

Avis flash

Enfin, j’ai lu Borne. Après une 1ère tentative loupée il y a deux ans, et la redécouverte de ce texte avec ses premières lignes, j’ai enfin vaincu. Est-ce que pour autant, ce fut le coup de foudre espéré, après le retour hyper enthousiaste de Sometimes a book ? Malheureusement, non. Ce fut une lecture globalement plutôt plaisante mais pas aussi bouleversante que je l’imaginais.

Alors oui, c’était plaisant, étonnamment. Je dis étonnamment, car les premières lignes m’avaient paru opaques, complètement WTF. Je m’étais alors fait une montagne de ce bouquin. Mais finalement, pas du tout. Ca se lit même tout seul, et c’est très facile d’accès. Pas de métaphores étranges en nombre, pas de récit complètement farfelu et labyrinthique. Au contraire : des chapitres assez courts, avec une entête qui nous explique ce dont il sera question, une narration au « je » et au passé, un récit linéaire.

J’ai adoré Borne, cette étrange créature, qui se métamorphose tout au long du texte. Il est une véritable éponge, un caméléon qui s’adapte à son environnement. Evidemment, les tentacules ne sont jamais loin, et les formes un peu étranges post LSD aussi. Borne est un texte profondément weird, brutal, corporel, basé sur les sensations, et en même temps c’est beau, vraiment beau. J’ai adoré le lien entre cette créature et Rachel qui « l’élève », lui explique la vie, l’humanité… Sans grand succès, il faut bien le dire. Mais certaines scènes sont particulièrement touchantes. Borne est un reflet absurde de ce que nous sommes, il nous montre nos travers, nos non-sens, nos contradictions les plus profondes.

Malgré tout, le roman m’a tout de même ennuyée une bonne partie de la lecture. C’est assez long, peu rythmé, et comme je le disais, linéaire. Borne est un post-apo davantage centré sur les relations humaines face à l’adversité. D’ailleurs, on ne croisera que très peu d’autres personnages, le roman reste très centré sur Rachel, Wick et Borne. Evidemment, leurs vies sont marquées par les deux antagonistes Mord et la Magicienne (dont j’ai eu du mal à saisir l’origine et les motivations, d’ailleurs). Sur ce plan, pas mal de choses restent floues pour moi. Alors j’ai aimé l’esthétique de ce roman, son message dans les grandes lignes, mais un peu moins son récit, finalement, et son univers peu marqué.

Seulement trois retours pour cet avis flash #12 de juillet. J’ai un peu moins lu car j’ai passé plus de temps sur des textes plus difficiles. Avez-vous lu l’un de ces titres ? Vous donnent-ils envie ? Je me suis procuré Annihilation de Jeff VanderMeer : après avoir visionné ce week-end son adaptation cinématographique, j’ai été super enthousiaste à l’idée de lire cette trilogie (Rempart Sud). Quant à Léa Silhol, je suis toujours sur son cycle de cyberpunk japonais, et après avoir lu Neuromancien, son Grid va me paraître plus facile d’accès !

9 commentaires sur “Avis flash #12 : Juillet 2023

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  1. Hello. J’ai lu Avant l’hiver de Léa Silhol et je te rejoins sur le côté politique, géographique et historique de l’ouvrage mais ces adjectifs s’appliquent uniquement à l’univers de Vertigen.
    J’ai beaucoup aimé ce voyage comme toujours avec Léa Silhol

    1. Vertigen oui, mais aussi Isenne, parce que je crois avoir fait ahhh et ohhh en me souvenant de certaines lectures de nouvelles des Sacra…
      Et effectivement, très beau voyage pour moi aussi, cette autrice ne me déçoit jamais (même avec Cauda Pavonis que j’ai moins aimé, le plaisir de lecture est resté intact).

  2. Aaaah, Avant l’hiver ! Un de mes préférés de Léa Silhol (j’aime beaucoup ses nouvelles, c’est comme ça que je l’ai découverte) !
    Borne, j’avais bien aimé aussi même si ce n’est pas mon préféré de l’auteur (qui fait toujours des trucs bizarres, avec le bizarre plus ou moins marqué) (le pompom c’était La cité des saints et des fous, même si sa construction était remarquable)
    Et A l’ombre des miroirs avait été un abandon pour moi, je vois que je n’ai pas raté grand-chose…

    1. La cité des saints oui je crois qu’il est réputé pour être un peu… ben fou justement ^^ Je poursuivrai d’abord par les remparts de je ne sais plus quoi, je me suis pris Annihilation en poche à la librairie (j’espère ne pas confondre, ça remonte déjà).
      A l’ombre des miroirs tu l’avais abandonné pour quelle raison ? Tu as été bien inspirée, tu vois. Je crois que ça ne t’aurait vraiment pas plu.

        1. Ah ben j’en suis d’autant plus ravie alors ! J’avoue que les avis flash c’est toujours un peu un questionnement pour moi, je me demande si c’est suffisamment complet pour que ce soit utile, en plus il y a ici un texte que je n’ai pas aimé du tout, ce n’était pas gagné ! Lequel te tente le plus ? Au hasard, serait-ce Borne ? ^^

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