Erin Morgenstern – Le cirque des rêves

Dernière chronique de l’année ! Non, je n’ai pas disparu dans les couloirs de La maison des feuilles, je prenais juste quelques jours de repos ^^ Mais me voilà de retour pour donc mon dernier avis livresque. Le cirque des rêves est le premier roman d’Erin Morgenstern, dont j’avais déjà adoré en début d’année La mer sans étoiles. Hé bien Le cirque des rêves a été une tout aussi excellente lecture, qui m’a fait tout chaud au cœur, entre poésie onirique et magie du cirque. 3ème lecture pour le défi Un hiver au chalet, catégorie Amitié, amour, romance.

Synopsis

« Le cirque arrive sans crier gare. Aucune annonce ne précède sa venue, aucune affiche sur les révèrbères, aucune publicité dans les journaux. Il est simplement là, alors qu’hier il ne l’était pas. »

Sous les chapiteaux rayés de noir et de blanc, c’est une expérience unique, une fête pour les sens où chaque visiteur peut se perdre avec délice dans un dédale de nuages, flâner dans un luxuriant jardi…n de glace, s’émerveiller et se laisser enivrer…

BIENVENUE AU CIRQUE DES RÊVES !

Derrière la fumée et les miroirs, la compétition fait rage. Deux jeunes illusionnistes, Celia et Marco, s’affrontent dans un combat magique pour lequel ils sont entraînés depuis l’enfance. Cependant ils s’aiment, et cette passion pourrait leur être fatale.

Un roman magique

Le cirque des rêves nous emmène dans le monde… du cirque, vous l’aurez compris. Je suis toujours un peu frileuse avec le cirque, je déteste ça. Vous vous demandez certainement ce que je suis allée faire dans ce roman. J’avais confiance : après La mer sans étoiles, je savais qu’Erin Morgenstern avait le don pour transformer les choses, et nous amener à voir différemment. C’est exactement ce qu’il se passe ici.

Le cirque des rêves n’a donc rien à voir avec un cirque traditionnel. Déjà, c’est un cirque de nuit (comme son nom l’indique en VO). Le jour, il ressemble à quelque chose d’assez basique, dénué de magie et de charme. Il en est presque repoussant, angoissant. En revanche, la nuit, il se pare de couleurs, de formes, de textures. Il génère des sentiments variés, passant de la surprise, au rêve éveillé, à l’émerveillement, puis à la curiosité. A l’empressement, aussi; car il y a beaucoup de chapiteaux à visiter et la nuit est courte. Le temps semble s’écouler différemment, au Cirque des rêves.

Et puis c’est un cirque qui vous emmène ailleurs. Dans un monde entre rêve et réalité. Son atmosphère cotonneuse, remplie de plumes, de vapeur, de nuages, tout de noir et de blanc, vous donne l’impression d’être endormi. Ca m’a un peu fait penser à la BD Olivier Rameau, sans la couleur : un monde enchanté où tout est possible, ouvrant les portes d’un monde merveilleux.

Un conte merveilleux

Le cirque des rêves c’est un conte merveilleux, avec tous les procédés du genre. D’abord, dans la description du cirque. A la lecture, c’est déjà formidable, mais j’imagine qu’en audio lecture, avec un bon narrateur, l’expérience doit être absolument fantastique, très immersive. Il semble qu’il n’y a aucune limite dans l’imagination de l’autrice, qui invente des choses complètement folles, impossibles sur le seul plan de la physique, mais ça passe quand même. Et cela semble normal. Je me suis prêtée au jeu avec délices, je dois bien le dire.

Autre point : les personnages. Très ancrés dans des types. Les deux magiciens sociopathes qui inventent le jeu du défi, leurs apprentis qui n’en savent pas grand chose, l’histoire d’amour qui vient se greffer par-dessus, et toute la panoplie de personnages secondaires un peu dingues, semblables à ceux d’Alice au pays des merveilles. Chacun est dans son rôle, assez brièvement esquissé, pas vraiment approfondis psychologiquement, pas hyper complexes. On est complètement dans le merveilleux, où rien n’est vraiment solide, réaliste, crédible. D’ailleurs, on retrouve pas mal de référence aux contes de fées dans le roman :

« Je me fais l’effet d’une héroïne de conte de fées qui se retrouve invitée dieu sait comment au bal du château alors qu’elle n’a même pas de chaussures aux pieds », lui chuchote Bailey et elle se met à rire aux éclats en s’attirant des regards étonnés ».

Même l’intrigue, quand on y pense, n’est pas super solide. Comment imaginer que deux jeunes magiciens puissent s’affronter sans savoir pourquoi, comment, ni connaître les termes du jeu ? La romance du récit m’a également plu, car elle est à l’image de ce conte : douce amère. Centrale, sans l’être non plus, tant finalement le regard est attiré tout au long du récit par la magie qui imprègne les chapiteaux. Cependant, chercher de la solidité dans ce roman serait passer complètement à côté de l’essence même de celui-ci. Une fois qu’on a accepté cet état de fait, il ne reste plus… qu’à attendre minuit et se faire spectateur de nouveau de ce cirque surréaliste… et à le croire vrai.

Un lecteur spectateur

Le lecteur est comme le spectateur du cirque devant ce roman : extérieur, un peu étranger. On sent bien, même s’il se donne à voir avec magie et féérie, que ce cirque ne sera jamais à nous, qu’on y appartiendra jamais pleinement, et qu’il ne dévoilera jamais entièrement ses secrets. Cela peut être frustrant, car on sent qu’on ne fait pas partie pleinement de la troupe. En tant que lecteur, cela nous donne le sentiment qu’on reste étranger au récit, qu’on n’est jamais pleinement immergé.

Mais c’est là que réside la magie du cirque, à mon sens. Cet émerveillement fugace, ce goût de reviens-y, cette magie qui perdure dans nos esprits mais sans qu’on puisse vraiment la toucher ni la faire nôtre pleinement. Et ce petit pincement au cœur une fois la fête finie. Que le cirque des rêves change de destination aussi fréquemment et dans le plus grand secret contribue à cette mise à distance du spectateur. Le contraste jour/nuit, foule nocturne/désert en journée également.

Comme en miroir, le lecteur est devant le roman dans une situation similaire. Pour qui la magie prend, il ressort de ce roman enchanté, mais aussi un peu groggy, indécis quant à ce qu’il vient de lire/voir.

« En t’éloignant du Cirque des rêves dans le jour qui se lève, tu te dis que tu étais plus éveillé lorsque tu étais dans l’enceinte du cirque.
Tu ne sais plus de quel côté de la grille est le rêve. »

Car l’autrice est une magicienne. En effet, son roman est long et son scénario tient en deux lignes. Certains pourraient trouver que c’est lassant, plat, et qu’il ne s’y passe rien. Pour ma part, j’ai avalé ce roman dans un état second, tournant les pages comme par magie, complètement envoûtée par le charme de sa plume onirique et poétique. Pleine de douceur, mais aussi de mélancolie qui vous pince le cœur. J’ai été une spectatrice du cirque.

Une autrice architecte

J’ai aussi apprécié les différentes époques entremêlées, la manière dont l’autrice nous donne à voir les ressorts de son intrigue que ne connaissent pas les personnages, les focus sur différents personnages. Ca peut renforcer la mise à distance du lecteur, qui sait ce qu’il va se passer et devine comment ça va se terminer.

En revanche, j’ai retrouvé ce qui me plait dans mes lectures : pas tant de connaître la fin, mais comment on y arrive. J’adore voir les dessous des choses, comprendre comment elles se construisent. J’ai ainsi adoré le jeu sur l’architecture : à celle complexe du cirque répond celle du roman, dont les chapitres s’imbriquent d’une manière particulière. Erin Morgenstern est une architecte, et j’avais bien ressenti cela dans La mer sans étoiles. Elle aime les labyrinthes, les murs qui s’effacent, qui s’estompent et qui s’évanouissent. Elle aime les faux-semblants, les choses qui bougent, qui se métamorphosent. C’est tout ceci qu’elle met en scène dans Le cirque des rêves. On voit bien aussi ici les germes de ce qu’elle développera pleinement ensuite dans La mer sans étoiles.

A ce titre, je trouve que l’horloge dans Le cirque des rêves est une belle illustration de ce roman. Tic, tac, tic, tac : l’horloge tourne, le cirque va bientôt se terminer, le jour pointe le bout de son nez. Mais aussi : tic, tac, tic, tac : la fin est proche, le danger arrive. Instrument typique du conte, l’horloge. Elle transforme le conte en partie d’échec (ou de cartes), en course contre le temps. Et dans ce roman, elle reflète à la fois le travail méticuleux de construction mais aussi la magie une fois terminée, car qui peut deviner que derrière cette merveille issue de nulle part, se cachent des heures de travail et de la technique pure ? Car c’est une œuvre d’art comme on n’en a jamais vue.

« A présent, le corps de l’horloge, qui s’est méthodiquement ouvert et déployé, offre un subtil éventail de nuances de blanc et de gris, révélant non pas de simples pièces, mais des figurines et des objets, de minutieuses sculptures de fleurs, de planètes, de minuscules livres garnis de vraies pages qui tournent. Un dragon argenté s’enroule sur une partie du mécanisme désormais visible, une petite princesse désespérée arpente une tour ciselée, attendant un prince qui ne vient pas. Une théière se déverse dans des tasses qui laissent échapper de microscopiques nuages de vapeur à chaque seconde qui passe. Des paquets cadeaux se défont. Des petits chats pourchassent des petits chiens. Toute une partie d’échec se déroule ».

En pratique

Erin Morgenstern, Le cirque des rêves

Pocket, 2015; Edition originale : The Night Circus, 2010

Traduction : Sabine Porte

Couverture : ?

Autres avis : Un coup de foudre pour l’Ourse bibliophile, qui a aussi aimé cette histoire onirique, qui l’a bercée pendant sa lecture. Au chapitre a beaucoup aimé également ce roman, dont le personnage principal est le cirque. Un roman devant lequel le lecteur est spectateur : une posture qui a déstabilisé et séduit Sometimes a Book. En revanche, Des livres et les mots n’a pas été convaincue par la construction de l’intrigue, trop facile à son goût. De la même façon, ennui et lassitude pour Séverine Bouquine, pour qui ce roman ne laissera pas un grand souvenir.

Le cirque des rêves est le premier roman d’Erin Morgenstern. Un roman que j’ai adoré de bout en bout et qui m’a charmée, littéralement. Je dirais donc contrat rempli, car le roman est un formidable jeu d’illusion, thème favori de l’autrice. « Les gens voient ce qu’ils ont envie de voir. Et la plupart du temps, ils voient ce qu’on leur dit de voir« . J’ai joué le rôle de spectatrice de cirque, et j’ai été émerveillée par ce conte magique, à la plume pleine de douceur amère et de mélancolie piquante. Complètement envoûtée par ce rêve fini au matin, par ses personnages évanescents, cette fin ouverte aux multiples interprétations selon le degré de magie qui réside dans le cœur de chacun… Une autrice que je regrette de ne pas avoir intégré à mes 10 incontournables en SFFF, car pour moi désormais, elle y a toute sa place.

10 commentaires sur “Erin Morgenstern – Le cirque des rêves

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  1. Je n’étais pas certain d’apprécier cette lecture mais ce que tu évoques concernant l’intrigue, sa construction et son avancée me tente assez. Tout comme l’univers du cirque et de l’illusion. Je me le note si l’occasion se dessine à moi 😉

  2. Ta chronique est magnifique ! Elle rend si bien hommage à ce sublime roman qui m’a hanté pendant des mois ! Je n’ai pas encore lu La mer sans étoiles car je veux relire celui-ci d’abord, j’ai hâte de prendre ce temps.

    1. Je te remercie beaucoup pour ce joli compliment ! 🙂 Tu as raison de vouloir prendre ton temps de lire et relire ces œuvres, ce sont des textes qui se savourent pleinement.
      Bonne relecture alors, et bonne découverte de La mer sans étoiles, je guetterai ton retour dessus !

  3. J’ai volontairement survolé ton avis car je ne veux pas trop être influencée à la lecture de ce roman que tu m’as vivement recommandé et que je compte bien lire cette année 🙂

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