Valentine Goby – Banquises

Et hop, une vieillerie de la PàL lue ! Banquises est un roman de Valentine Goby, que j’ai acheté en 2011 à sa sortie. Il dormait tranquillou dans les étagères, jusqu’à ce que, allez zou, lecture. 2ème lecture de mon défi Un hiver au chalet (catégorie Forêt boréale : faune, flore, écologie). Bon, faune et flore, on repassera, hein, au Groenland il n’y a pas grand chose (enfin y’a des poissons, ça compte) à part de la glace. Mais ça parle d’écologie. Enfin un peu. Bref, retour sur cette excursion en blanche (littérature, pas la neige) malheureusement plus que bof.

Synopsis

« En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groenland.

La dernière fois que sa famille l’a vue, c’était au moment où, à Roissy, elle est montée dans l’avion qui l’emportait vers la calotte glaciaire. Après, plus rien. Elle a disparu corps et âme. Elle avait vingt-deux ans. Lisa, vingt-sept ans plus tard, part sur les traces de cette soeur disparue. Elle quitte mari et enfants pour parcourir le même trajet qu’elle. Elle arrive dans un Groenland dévasté, habité par une population abandonnée, qui voit se réduire peu à peu son territoire de glace.

Cette quête va la mener loin dans son propre cheminement identitaire, depuis l’impossibilité du deuil jusqu’à la construction de soi ».

Une narration journalistique

C’est la première chose qui frappe dans le roman : sa narration. Distancée, détachée, brute. Comme les environs. Y’a pas de chichis dans l’écriture de Banquises. Pas de rondeur. C’est tranchant comme les bords des icebergs (j’imagine que ça coupe, les icebergs, regardez le Titanic).

On suit Lisa dans ses pérégrinations. Mais Lisa est à la ramasse, elle aussi détachée de sa propre vie. Elle est celle qui a survécu à l’autre, celle qui est restée, celle qui n’est pas la disparue. Bref, elle compte pour des prunes depuis 27 ans, et ça marque d’être juste une prune dans la vie.

Difficile de s’attacher à cette femme qui ne nous fait pas ressentir grand chose. « Elle prend des notes, elle fixe des noms, elle recense le réel, distante, façon journaliste, compliant des données extérieures à sa propre existence ». Voilà, en gros, je vous ai résumé le style et le bouquin. Bon, on va être honnête : c’est très bien fait. Les phrases sont factuelles, courtes, juxtaposées; dénuées de connecteurs logiques. Y’a pas un seul gramme en trop d’huile là-dedans. Du coup, ça accroche. Franchement, deux pages ça va. En revanche, 250 : ça fatigue. Dur d’être enthousiaste sur la durée dans ce roman. Encore une fois, c’est cohérent avec la quête de Lisa (vouée à l’échec) et les lieux (plus mortels que ça, y’a pas). Mais pff.

Un pas en avant, deux en arrière

Autre point qui m’a fatiguée dans Banquises : ce perpétuel retour en arrière. Avant, pendant et après disparition. Des tartines et des tartines de blabla. Une banquise de blabla. La famille avant la disparition de Sarah, l’amitié de celle-ci avec une Diane morte un peu avant son départ au Groenland, la famille qui attend Sarah à l’aéroport (mais où est Charlie, pardon Sarah), la mère (jamais nommée; toujours « la mère », « le père » : je vous l’ai dit, tout est distant dans ce bouquin) qui va chez les flics/l’ambassade, embauche un détective privé/passe à la télé etc etc etc etc etc etc. 

Résultat : on passe deux tiers du roman le nez tourné vers le passé. Là encore, c’est cohérent, l’idée étant de montrer que celui-ci est un boulet au pied qui vous mine toute la vie. M’enfin, en format court on aurait très bien compris aussi. Quel besoin d’étaler comme ça des flots de parlote pendant 250 pages ?

Résultat, Lisa au Groenland c’est pas l’éclate. Son voyage n’apporte pas grand chose non plus à l’histoire. Ah, ça c’est sûr, ça déconstruit le schéma de la quête – parce que dans le fond, Lisa on sait pas ce qu’elle cherche, mais de toute façon, on s’en fout puisqu’elle ne trouve rien non plus. Mais bon, tout ça, pour quoi, au final ?

C’est vrai ça, tout ça pour quoi ?

Ben, je ne sais pas. Alors si, Banquises dit quelques petites choses. Ca montre la situation économique et sociale du Groenland, les ravages d’un printemps trop chaud, avec dégel précoce des glaces. Ca montre le désarroi des pêcheurs, le manque de nourriture, la dépendance du pays envers le Danemark (pour les produits d’importation), l’incohérence de certaines politiques publiques qui nuisent à l’économie et la survie même du pays.

Ca montre aussi la manière dont on (sur)vit dans ce pays glacé; y sont évoqués les nombreux suicides, l’absence de travail, de perspectives etc. « Valentine Goby nous emporte sur ces terres qui s’effacent dans un grand livre sur le désenchantement du monde », me dit la 4ème de couverture. AH.

Malheureusement, j’ai trouvé que tout ceci était traité de manière trop grossière, avec des gros sabots. Sans finesse. Comme le paysage, en somme. Alors peut-être la cohérence est-elle encore là, en effet. Je maintiens qu’en format court ça aurait eu le même effet (ça aurait même pu être plus percutant que cet enfonçage dans la glace molle).

Quant à Lisa, j’avoue ne pas avoir été passionnée par son aventure, sa quête foirée d’avance; je ne trouve pas qu’elle évolue au cours du récit, qu’elle grandit, ou qu’elle fait enfin son deuil. Sa vie et sa quête sont aussi passionnantes qu’une banquise. Là est le pourquoi du « s » au titre : la banquise est plurielle dans ce bouquin. Elle est une étendue de glace, mais aussi métaphoriquement un océan de vide depuis 27 ans, et elle résume la vie et la quête de Lisa. Je n’ai pas eu l’impression que ce récit servait à quelque chose, en fait, à part pour dire ça. Beaucoup de pages pour pas grand chose…

En pratique

Valentine Goby, Banquises

Albin Michel, 2011

Couverture : celle d’Albin Michel : AHAHAHAH LOL. Celle du livre de poche : 2013, aucune idée (vive les crédits des illustrateurs chez les éditeurs…).

Banquises : je suis venue, j’ai lu, on peut dire que j’ai vaincu, puisque je l’ai fini. OK je l’ai survolé, et alors ? J’allais quand même pas moi aussi m’enfoncer dans la flotte glacée comme Lisa. Bref, beaucoup d’encre pour pas grand chose, selon moi, vous l’aurez compris. Cela dit juste ma déception, mon ennui total devant ce livre et mon propre désenchantement face à cette excursion ratée en blanche. Vite, retournons en imaginaire, les auteurices dans ce domaine ont beaucoup plus de choses passionnantes à dire, à mon sens, sur le désenchantement du monde.

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