Ariel Holzl – Temps mort

Hé oui, encore un roman d’Ariel Holzl ! Depuis ma découverte de cet auteur avec sa trilogie Les sœurs Carmines, je ne laisse plus aucune de ses publications passer. J’avais adoré Peine Ombre sorti en mai dernier, j’ai donc sauté sur Temps mort dès sa sortie début juin, aux éditions Slalom. Je suis cependant un peu triste, mais que voulez-vous, il faut un début à tout : je reste sur ma faim. Un peu.

Synopsis

« Sur les traces de son grand-oncle Théobald, Léo, 17 ans, bascule dans une fontaine des catacombes et se retrouve projeté dans une réplique négative de Paris. Auréolé d’un soleil noir, le Périmonde est un territoire où le temps n’a pas de prise et où règnent des clans aux pouvoirs puissants. Léo n’a d’autre choix que de les affronter lors de la Chasse Sauvage, une course contre la montre où tous les coups sont permis. Heureusement, l’énigmatique Alma est là pour l’aider… mais peut-il vraiment lui faire confiance ? »

De l’urban fantasy ! J’adore l’urban fantasy

Où sommes-nous ?

Quel bonheur quand j’ouvre le livre : une carte ! J’adore les cartes dans les livres. Ça peut paraître anecdotique, mais un univers imaginaire sans carte, c’est toujours bonbon pour se le reproduire dans la tête. Certains auteurs le font exprès pour forcer l’imaginaire des lecteurs. Mais moi, je suis une quiche en représentation dans l’espace ^^

Une carte du Périmonde, donc, soit le Paris d’en-dessous. De quoi il a l’air ce Périmonde ? C’est un univers inversé, au soleil noir, qu’on atteint par les catacombes. Ambiance entrailles de Paris, peuplées de statues de marbre, silencieux, comme figé, mort. Comme à son habitude, Ariel Holzl dresse un décor particulièrement soigné, riche en détails, qu’on parvient à se représenter aisément. C’est toujours aussi efficace et original. Un mois après la sortie de Peine Ombre, je ne peux pas m’empêcher de me demander comment fait l’auteur pour pondre des univers aussi singuliers, fournis et distincts les uns des autres. Ariel Holzl a une force d’imagination assez incroyable.

Du fantastique…

Ce que je trouve particulièrement génial ici, c’est la manière dont l’auteur procède à un glissement du fantastique à l’urban fantasy. Ça marche super bien. Le début du récit dans le Paris d’en haut est typiquement fantastique :

  • L’ambiance: le manoir du grand-oncle, qui semble vivre sa propre vie (le manoir, pas le grand-oncle) ;
  • Le déroulé des événements: il se passe plein de trucs bizarres qui sortent du cadre réel et normal ;
  • Le ressenti: la panique face à ce qui est vécu ;
  • L’incertitude quant à la véracité des faits: sont-ils réels, et alors leur perception différente vient-elle d’une potentielle altération des sens de Léo, ou est-on dans quelque chose de surnaturel ? L’incapacité à choisir et l’absence de réponse apportée durant ces événements est caractéristique du fantastique.

… à l’urban fantasy

Puis, une fois passée la porte d’entrée des catacombes à Denfer, hop, on glisse dans l’urban à part entière. Ce Périmonde est un monde caché, qui existe vraiment, et le surnaturel devient la norme de cet univers transposé. On y accède via les topoï habituels (les portes, les passages dérobés, les miroirs…). Léo doit en apprendre le fonctionnement, les codes, et rencontre ses habitants : goules, vampires, spectres… et autres créatures imaginaires connues de la fantasy (pas les plus funky cependant, vous aurez remarqué).

On a vraiment une cohabitation des deux Paris de manière parallèle. Chacun dans son coin, mais avec des passages possibles entre les deux mondes.

Temps mort : pas de temps morts

La principale caractéristique de Temps mort c’est effectivement la rapidité extrême du récit. Il n’y a pas de temps morts dans celui-ci. Les péripéties s’enchaînent dans un rythme mouvementé, jusqu’à se terminer de manière beaucoup trop abrupte à mon goût.

C’est entraînant, divertissant, toutefois j’ai eu plusieurs difficultés à suivre le rythme. J’ai parfois perdu le fil, soit parce que j’avais zappé quelque chose, soit parce que je n’ai pas toujours su retrouver une cohérence logique dans l’enchaînement des péripéties. Mais peut-être suis-je trop rationnelle et cartésienne pour un univers comme Périmonde, qui aurait aussi le droit de fonctionner autrement, après tout !

Cette intrigue fourmille d’idées géniales, mais j’ai eu d’envie de plus d’approfondissement. Je n’ai pas le temps de plonger vraiment dans Périmonde ni de bien saisir l’ampleur de ce qui s’y déroule. J’aurais aimé explorer davantage les tréfonds et le fonctionnement de cet univers, le voir interagir plus étroitement avec le Paris d’en haut, et prendre le temps de mieux connaître les personnages.

Des personnages tout juste esquissés

Une troupe de figurants indivisible

Des personnages, il y en a un sacré paquet. J’ai trouvé l’idée des clans rigolote, à l’image des maisons de Harry Potter ; chacune avec ses attributs, ses qualités, ses dons. En version sombre et grinçante (« é-vi-dem-ment ! »).

Mais finalement, peu de personnages se détachent de manière individuelle. C’est surtout leur ambivalence à tous qui m’a marquée. Derrière leur barbarie sanguinaire se cachent des personnages blasés de leur immortalité, rendus inhumains par la nécessité de vaincre dans Périmonde. Surtout, ils révèlent tous des failles, pour le coup très humaines, anciens vestiges de leur vie passée dans le Paris d’en haut. J’ai bien aimé cet angle d’attaque pour ces personnages, mais ils manquent tous un peu de spécificité, de caractère, qui font que chaque personnage est unique.

J’aurais vraiment aimé approfondir ces personnages, ces clans, comprendre leurs liens ancestraux, quitte à faire quelques retours dans le passé pour voir comment ils se sont constitués.

Mais un héros intéressant

En revanche, j’ai trouvé le personnage de Léo très intéressant. Il est le stéréotype de l’ado de base au début (et c’est assez rigolo), mais s’étoffe rapidement. Déjà, il est mal barré dans la vie. Malade, orphelin, il n’a pas toutes les cartes en main de vivre un long fleuve tranquille. C’est intéressant car ça apporte quelque chose au récit (notamment au début, sur le caractère fantastique : ce que je vis est-il réel mais altéré par ma prise de médicaments ou est-ce surnaturel ?).

Il faut aussi le noter : un personnage adolescent de ce type ça change. Surtout dans un roman de fantasy, où le héros est généralement vif, jeune, vaillant et se découvre fortiche pendant ses aventures. Et encore plus dans un roman jeunesse & YA. Montrer que la vie peut prendre des détours douloureux, ne pas aller droit, ou même s’arrêter de manière précoce, par le biais d’un héros très humain est une belle manière de le faire, d’autant que Léo profite de cette expérience pour s’interroger. Plutôt qu’une demi-vie sans personne à chérir, pourquoi ne pas choisir l’immortalité ?

Au-delà de ça, Léo est un sacré boulet, avec deux pieds gauches et deux mains gauches, qui fait pas mal de boulettes, bref je l’ai trouvé vraiment attachant ce gamin. A sa décharge, je n’aurais pas fait mieux, parce qu’on n’est pas chez les bisounours ici. C’est le chaos et la loi du plus fort qui s’appliquent : les clans sont régis par des lois ancestrales et violentes, ses membres sont sanguinaires et (un poil) barbares, tous cramés du cerveau, sans aucun sens moral. Tuer est un jeu, aspirer l’âme d’autrui aussi, et tant mieux si c’est fait de manière trash. « C’est une autre culture », comme dirait Astérix.

Je ne dirais pas que j’ai raté mon rendez-vous avec Temps mort. Simplement, je pense qu’il s’adresse à un public plus jeune, ce qui pourrait expliquer la rapidité de l’intrigue et le manque d’épaisseur que j’ai ressenti. Ça n’en fait pas du tout un moins bon roman, loin de là. La qualité de l’écriture est toujours présente, efficace, belle à lire, pleine de sarcasmes et d’humour grinçant. J’ai même aussi beaucoup apprécié le personnage principal ainsi que l’univers. Il m’a juste manqué… un temps mort, pour savourer davantage, prendre le temps de connaître les personnages et d’appréhender tous les enjeux des péripéties. Un temps pour explorer les horizons de cet univers très riche et que j’ai deviné passionnant.

2 commentaires sur “Ariel Holzl – Temps mort

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    1. C’est exactement ça ! On passe vraiment pas loin de la pépite, il ne manquait pas grand chose et tous les éléments sont là, s’ils avaient été plus développés ça aurait encore été un grand Ariel Holzl.

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