Ariel Holzl – Peine Ombre

Depuis ma rencontre avec la plume d’Ariel Holzl dans sa trilogie des Sœurs Carmines, j’ai décidé de ne plus zapper un seul de ses écrits. Aussitôt sorti, aussitôt acheté, aussitôt lu : son nouveau roman Peine Ombre, paru aux éditions 404, a été un régal à lire. Un divertissement super chouette, rempli de surprises et toujours cette écriture maîtrisée, teintée d’ironie et de sarcasmes comme j’aime. Un roman dark fantasy parfait pour le mois de la fantasy : j’y ai « rencontré des êtres exceptionnels » !

Synopsis

« Et si une Éclipse faisait basculer le monde dans les ténèbres ?

Tous les trente ans, les ténèbres infectent les terres d’Astravia, empoisonnent les vivants et les transforment en monstres. Mais elles accordent aussi aux nouveau-nés des pouvoirs quasi-divins. On les appelle les Éclipsiens et Livianne Palumbre est de ceux-là. Elle sait écouter les ombres depuis toujours et s’occupe de défendre les baronnies locales. Un jour, lors d’une banale chasse aux miasmes, l’Éclipse s’abat sur Astravia avec une décennie d’avance. Cette fois, l’obscurité submerge le monde durant trois minutes au lieu d’une seule… À ce rythme, c’est Astravia tout entière qui va disparaître. Livianne devra sortir de sa solitude, retrouver d’anciens camarades de l’académie de Peine-Ombre, qui forme les Éclipsiens, et mettre fin à ce carnage.

Mais il se pourrait que les ombres la dévorent avant… »

Une intrigue captivante

De la high fantasy prise à rebours

Un monde doté d’une cosmogonie, d’une histoire, d’une géographie propre (spéciale mention à la jolie carte en début de récit), une communauté de 7 compagnons dotés de pouvoirs magiques, une quête dans des Terres hostiles en vue de sauver un Monde imaginaire empli de créatures merveilleuses et terribles ? Non ce n’est pas le Seigneur des Anneaux, mais effectivement on retrouve ici certains ingrédients de high fantasy. Ariel Holzl met tout ça dans une boîte, secoue bien fort et crée le contre-pied parfait de ce sous-genre.

On est loin de la Fraternité de l’Anneau : ces 7 voyageurs ne sont pas des personnages idéaux : l’impératrice assez ingénue, la pétasse au sale caractère, le bellâtre, l’ivrogne désabusé, l’ami fidèle, la bigote fanatique, et Livianne, qui semble la plus mesurée et la plus discrète. Elle m’a fait un peu penser à Merryvère…  🙂

L’ennui, c’est que tout ce petit monde ne peut pas se piffrer. Merci aux anciennes histoires d’école (Peine Ombre, un petit air de Poudlard) non résolues, aux non-dits et aux drames non pardonnés. Ils vont devoir faire avec. Je me suis franchement bien amusée avec eux (à leurs dépens je crois).

Rebondissements et retournements

Nul ennui dans ce roman, dans lequel de nombreuses épreuves à surmonter se succèdent. Là aussi, on retrouve certaines scènes classiques, que je vous laisse découvrir. Plein de clins d’œil à des œuvres d’imaginaire. Mais pas de Deus Ex Machina pour sauver les héros in extremis ici. Ariel Holzl n’a pas peur d’écorcher ses personnages. Une bonne surprise !

Le seul reproche que je pourrais formuler concerne le dénouement, qui m’a semblé brouillon. Ça se précipite rapidement, il se passe plein (trop ?) de choses, et j’ai dû relire une seconde fois pour bien saisir tous les renversements. Cependant, il amène à un final que j’ai trouvé original et inattendu.

Une narration dynamique

Plusieurs analepses ponctuent le récit raconté, offrant un éclairage sur celui-ci. Ainsi, ces deux fils narratifs s’entremêlent et apportent du dynamisme au récit. J’ai aimé aussi l’imbrication du récit dans le format du conte et de la légende.

Surtout, cela dote les personnages d’une épaisseur consistante, d’une histoire, d’un caractère qui évolue au fil du temps. J’aime le regard que porte Ariel Holzl sur ses personnages, un peu décalé, ironique. On sent toujours son humour pince sans rire derrière les mots.

Enfin, le récit est rapporté au point de vue omniscient, mais on suit plus particulièrement Livianne. Ses pensées, jugements, impressions… sont rapportés au discours indirect libre. J’aime beaucoup cette pratique, parce que ça permet une immersion dans l’esprit d’un personnage et de manière très fluide. C’est dynamique et beaucoup plus léger que le discours indirect.

Peine Ombre : un roman dark fantasy par excellence

Un univers sombre

L’univers de Peine Ombre est très sombre. Les Ombres parlent, vivent, murmurent, et leurs échos retentissent de manière un peu flippante. Les ténèbres de Peine Ombre sont visqueuses et poisseuses. On avait déjà cette qualité descriptive dans la trilogie des Sœurs Carmines. L’auteur réussit particulièrement bien à retranscrire ce type de décors pas folichons, tout en créant un vrai plaisir de lecture.

Un roman dark fantasy

Et là je me réfère de nouveau au Guide des genres et sous-genres de l’imaginaire d’Apophis. Pour faire simple, la Dark Fantasy est « anti-tolkiennienne » (gentils//méchants, Bien//Mal). Dans Peine Ombre, les personnages sont beaucoup plus ambigus sur le plan psychologique (même moral d’ailleurs). On pourrait dire que cette communauté rassemble des gens « gris », avec un passif, des casseroles à leur actif, et des zones d’ombre.

Par ailleurs, le ton général du roman est assez sombre et pessimiste. Les héros sont éprouvés par ce qu’ils vivent, pas super confiants, et on se demande pendant une bonne partie du roman quel est vraiment le but de leur quête. Quel est le Bien, et quel est le Mal ? Pas si évident à distinguer d’autant qu’Ariel Holzl brouille les pistes.

On a enfin des touches d’horreur qui parsèment le roman, qui amplifient l’ambiance ténébreuse décrite plus haut. Certaines scènes sont violentes et sanguinolentes, Ariel Holzl n’y va pas avec le dos de la cuillère. Ça fait un peu sploutch sploutch dans le sang, voyez ?

Peine Ombre est un roman dark fantasy d’Ariel Holzl. L’objet livre est déjà une merveille, la maquette est remarquable (signée Aline Peronnet pour la couverture et Romain Poiré pour la maquette intérieure). Je m’attendais à une excellente lecture, je n’ai pas été déçue ! J’ai adoré ce roman, qui m’a surprise de bout en bout, même si j’ai eu du mal à tout saisir sur la fin. Une raison supplémentaire pour le relire à l’occasion ^^ C’est indéniablement un roman de qualité et divertissant malgré son aspect très sombre. Je me suis réjouie de retrouver la plume d’Ariel Holzl, tantôt féroce, tantôt amusée, toujours efficace et belle à lire. Une pépite à savourer d’urgence, si on ne craint pas les miasmes collants !

6 commentaires sur “Ariel Holzl – Peine Ombre

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  1. coucou !

    argh je l’ai tenu longtemps dans les mains dans la librairie car je voulais découvrir cet auteur et car l’objet livre est magnifique. Mais j’avais déjà trop de choses à acheter et je l’ai reposé Tu me fais regretter ce geste : tu m’as vraiment donné envie de le lire. Bon, ce n’est pas grave, je le prendrais la prochaine fois. Mais la partie jeunesse de ma librairie est petite et ils n’ont que les nouveautés fraiches. Il va falloir que j’attende… (oh trop dur ma vie de lectrice 😂)

    1. Ah mince ! Bon, ce n’est pas perdu, juste retardé, comme ça ça te donneras encore plus envie de le lire héhé. Ah tiens, il est classé jeunesse ce roman. Bon, je me rends pas bien compte, mais en tout cas pour un adulte c’est parfait 🙂

    1. Et attends, il en a encore sorti un la semaine dernière 😀 qui s’annonce pas mal non plus, encore ! Et oui, cet auteur devient un de mes favoris 🙂

  2. Ce roman est dans ma wish list ! J’avais passé un bon moment avec la première trilogie de l’auteur et du coup je suis curieuse de le découvrir dans un registre plus « dark » ! Ta chronique me fait envie !

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