Alexandre-Fritz Karol – Printemps de funérailles

Et voici la dernière lecture du Prix des Auteurs Inconnus, catégorie Imaginaire ! J’attendais Printemps de funérailles depuis les sélections, l’extrait m’avait beaucoup plu. C’est pour cette raison que j’avais d’ailleurs acheté le livre aux Imaginales sur le stand de son éditeur, Crin de chimère. L’objet livre est magnifique, et la lecture de ce beau pavé m’a plu. J’ai intégré cette lecture au Pumpkin Autumn Challenge (catégorie Le folklore de Chippenden à l’origine, mais plutôt Gare, gare à la main de gloire, du menu Automne frissonnant, thématique policier).

Synopsis

« Vingt ans.

Vingt ans que s’éternise la guerre entre la Ligue de Skarland et l’Empire anscaride. Mais les arcano-technologues, les sorciers hérétiques à la botte de l’empereur Hagen, ont mis au point de nouvelles armes qui ne tarderont pas à écourter le conflit : les dragonnefs, vaisseaux volants capables de rayer une ville de la carte en quelques heures.

Vingt ans aussi que Luther Falkenn court après les criminels. Comme policier, d’abord, et maintenant comme chasseur de primes. Mandaté par un richissime banquier nain pour mettre la main sur des documents volés particulièrement compromettants, il se rend à Solmost, où la Ligue fait face à une pression grandissante : soutenues par les dragonnefs, les armées de l’empereur approchent de la cité. Pas de quoi faciliter la tâche de Falkenn et de son acolyte Boniface, félin aux pouvoirs mystérieux, à la langue bien pendue et au caractère de cochon.

D’autant que dans la folle course aux armements qui les oppose à l’empereur, les dirigeants de la Ligue s’apprêtent à commettre l’irréparable en libérant un pouvoir oublié. Et Falkenn, qui croyait traquer un vulgaire voleur, va devoir affronter un adversaire d’un tout autre calibre, revenu tout droit de l’au-delà. »

Une narration et une plume dynamiques

Un français impeccable : ô joie, ô bonheur !

Nous avons là un beau pavé de 600 pages, remarquablement écrit. Alexandre-Fritz Karol a une telle maîtrise de la langue ! Il jongle avec les subordonnées relatives avec une aisance décoiffante, nous offrant même au passage une concordance des temps parfaite, avec des subjonctifs au passé. LE REVE ! Cela existe donc encore, joie et bonheur !

Au-delà de la conjugaison, Printemps de funérailles développe un vocabulaire étendu, diversifié et riche, et un jeu sur plusieurs niveaux de langage. Sur ce point, c’est également un régal, avec un chat parlant, Boniface, dont le caractère et la façon de parler fait penser à un dialogue d’Audiard : SF Elfette évoquait les Tontons flingueurs, et c’est tout à fait ça ! C’est parfois désopilant.

« Il va falloir se débrouiller seuls.
– Et ben ça risque d’être coton, fit remarquer le mandragot avec véhémence. Notre seul indice, c’est un bouquin rédigé dans un sabir à la con que plus personne ne jacte. Plus personne de vivant, pour ce que j’en sais : le seul qui aurait pu nous aider, c’est le vieux Spyridon, et il est cané.
– Tu oublies Modi Svardstaf.
– Qui ?
Oh… Le gros Nain qu’on a croisé à Malethorarlod, se souvint Boniface. Celui qui s’est carapaté quand tu as voulu l’interroger ».
– Celui que tu as laissé filer, oui ».

Un rythme trépidant

Enfin, j’ai apprécié aussi l’alternance des focus sur les personnages. Si le narrateur est omniscient, il enchaîne néanmoins différents arcs narratifs, en se concentrant tour à tour sur personnages qui le constituent : Falkenn et Boniface, les sœurs Galathe (personnages centraux de l’histoire) et les instances dirigeantes de la Ligue. C’est bien joué, car c’est dynamique, tout ça s’entremêle évidemment, et ça permet aussi au lecteur de voyager entre différentes strates sociales et géographiques de cet univers (les bas-fonds avec Ambroisie, la diplomatie avec les têtes dirigeantes et la famille Scramasaxe, le monde ouvrier et industriel dans Malethorarlod…).

Donc nul ennui dans Printemps de funérailles, sans que ce soit non plus précipité, confus : le rythme est posé. Bon, j’avoue avoir parfois lu en diagonales certaines longueurs. Ce roman méritera une seconde lecture, tant il est dense.

Un récit passionnant

Magie vs technologie

J’aime décidément bien le mélange des genres. On est dans quelque chose d’assez atypique ici, avec des éléments de fantasy (magie, univers imaginaire, créatures bien connues de la SFFF comme les nains, magiciens etc.) et puis de la technologie qui n’est pas sans faire penser au steampunk. On n’y est pas exactement, puisqu’on n’est pas dans une période victorienne, ni dans une uchronie, et il n’y a pas du tout les éléments phare du genre. Toutefois les sons métalliques des dragonnefs et autres machines industrielles sont autant de clins d’œil à ce sous-genre. J’ai bien aimé.

A côté de ça, se mêle aussi une ambiance dark fantasy et surtout western, Falkenn le chasseur de primes m’a fait penser à ces personnages un peu sombres de Lucky Luke.

Morris & Goscinny, Lucky Luke, Le chasseur de primes (Dargaud, 1981)

Un récit politique

Alors peut-être penseriez-vous que c’est du déjà-vu. Magie et technologie, rien de neuf sous le soleil. Oui, mais non. Non, parce qu’ici, c’est lié à une intrigue politique et sociale particulièrement bien ficelée, et très développée. On a dans Printemps de funérailles une vision approfondie sur la diplomatie, les enjeux politiques, les magouilles des uns et des autres, et surtout les répercussions de ces politiques menées sur la population.

J’ai trouvé qu’il y avait là un réalisme dans la description du tissu social et sociétal vraiment intéressant, donnant à ce roman l’aspect d’une fresque, à l’image des romans réalistes du XIXème siècle. Le réalisme vient aussi des chapeaux de chapitres, extraits de textes fondateurs de l’univers du roman, abordant des aspects tant politiques que cosmogoniques sur la création de ce monde.

On n’est pas dans la surenchère, ni dans le wahou dans ce roman. A l’image de Falkenn, taiseux, mesuré, précis et efficace, le récit nous amène dans cette intrigue pas à pas, sans éclaboussure, sans Deus Ex Machina, sans folie. C’est tout à fait plausible, même quand tout l’arsenal magique et technologique se déploie. Les scènes de baston sont sans bavures. Enfin, évidemment il y a des lambeaux de peau qui traînent et des giclées de sang par-ci par-là. Mais ce que je veux dire c’est qu’il n’y a pas de facilité scénaristique, pas de héros, pas d’effet spéciaux quelconques. On n’est pas dans la fantasy de divertissement, à mon sens. D’ailleurs je trouve que le roman efface assez bien en cela la frontière entre réel et imaginaire. Et vous le savez : j’aime beaucoup voir les frontières bouger.

Malgré tout, je pense qu’il me faudra une seconde lecture pour vraiment apprécier tous les détails de ce roman. Je pense que j’ai dû passer à côté de certaines choses tant il contient d’informations. C’est une œuvre qui peut se lire une seconde fois et offrir un nouvel éclairage.

En pratique

Alexandre-Fritz Karol, Printemps de funérailles

Editions Crin de chimère, Collection Castellar, 2020

Illustration de couverture : Nicolas Jamonneau

Autres avis : j’ai bien aimé la vision de FildeDiane, qui pointe avec justesse le calme tempétueux de ce roman ! Myfanwi a aussi beaucoup aimé ce roman aux multiples couches à soulever.

Des avis des chroniqueurs du PAI : Une lecture difficile chez Les avis livresques de fleur. Les clonettes ont apprécié certains aspects mais ne sont pas hyper conquises par le roman. Par contre, carton plein chez Elebora et Sandrine sur sa page facebook Un café, un bon livre.

Printemps de funérailles est un roman d’Alexandre-Fritz Karol, publié chez Crin de chimère. Un roman dense, remarquablement écrit, dans une langue travaillée et riche, mais fluide. J’ai aimé l’ambiance, l’univers, l’intrigue aux multiples fils, et les personnages au caractère bien marqué. Une lecture qui m’aura plu tout du long, et que je réitèrerai ultérieurement, tant le roman a à offrir.

2 commentaires sur “Alexandre-Fritz Karol – Printemps de funérailles

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  1. Ton avis me donne terriblement envie sauf le côté steampunk et la couverture me fait de l’œil. J’avoue que je suis perdu, je me le note du coup ! Merci.

    1. Alors le côté steampunk à mon sens est très light. Ce sont plus des échos, des clins d’œil. Par contre, il y a un bon mélange de magie et technologies.
      C’est un roman qui fait effectivement cet effet ! Même lu, là maintenant, j’aurais bien du mal à le résumer en quelques mots. C’est une œuvre colossale, l’objet livre est superbe, et c’est… pfiou ^^
      A tenter je dirais 🙂

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