Vonda McIntyre – Superluminal

Superluminal est un roman de Vonda McIntyre, publié pour la première fois en 1983 aux Etats-Unis, puis en France en 1986. La traduction de Daniel Lemoine a été révisée dans cette présente réédition chez Mnemos. Ce roman m’a été proposé en service de presse, et je remercie beaucoup la maison et Estelle Hamelin pour l’envoi du roman, dont j’ai beaucoup apprécié la lecture. Un roman que j’ai trouvé rafraîchissant, plein de lumière et d’humanisme. Mais il m’a aussi un peu frustrée.

Synopsis

« Désormais, l’humanité peut mener des vaisseaux au-delà de la vitesse de la lumière. Afin de rejoindre le prestigieux corps des pilotes interstellaires, Laena n’hésite pas à sacrifier son cœur humain pour une machine sophistiquée.

Mais pour aller encore plus loin, vers de nouveaux mondes distants ou d’autres dimensions, devra-t-elle renoncer à tout jamais à sa nature humaine ou pire, à aimer ? »

Vonda Mc Intyre & sa SF humaniste

Qui est donc Vonda McIntyre ?

Vonda McIntyre, que je découvre par cette occasion, est biologiste de formation. Autrice américaine, elle n’a pas écrit beaucoup. Quelques nouvelles, des romans dans l’univers de Star Trek et Star Wars; un de ses romans a été primé, Le serpent du rêve (Prix Nebula, Hugo et Locus). Quand Estelle m’a proposé ce roman de SF « innovante et humaniste », ça a fait ding ding à l’intérieur de mon cerveau. J’ai pensé Becky Chambers, et j’ai foncé.

Cette traduction révisée possède en outre deux atouts supplémentaires : une préface d’Olivier Bérenval, et une interview inédite de l’autrice (2009). J’aime beaucoup ces éléments de paratexte qui permettent de comprendre l’œuvre, de la recontextualiser dans son époque et de saisir les enjeux qui s’en dégagent.

SF humaniste, keskecé ?

Vous le savez si vous me suivez depuis quelques temps, j’ai du mal à lire de la SF. Non, c’est inexact. Disons plutôt que le genre est si vaste, que ce que j’ai pu lire jusqu’ici ne m’a pas toujours correspondu. J’ai beaucoup de mal à lire de la SF dans laquelle les descriptions techniques prennent le pas sur les personnages et l’histoire, et m’empêchent de comprendre ce dont il est question du fait de leur apparente complexité.

J’entends par SF humaniste un texte plaçant les personnages, leurs ressentis et leurs valeurs sur le devant de la scène. Un texte qui interroge la nature humaine et en révèle sa richesse, sa complexité, son côté positif. Et aussi un texte qui se veut lumineux, par son optimisme et/ou les émotions pures qu’il génère. J’ignore totalement si ce que je mets derrière ce concept correspond bien à ce qu’il recouvre. En tout cas c’est ce que j’ai en tête. J’ai trouvé tout cela dans Superluminal, avec en plus des personnages féminins très beaux, revêtant des fonctions et des rôles souvent dévolus à des personnages masculins dans la SF. Bref, une SF féminine dans laquelle je me suis aussi retrouvée.

La tête dans les étoiles

Une histoire d’amour poignante

Superluminal a répondu, en tout cas pour moi, à tous ces critères. J’ai adoré cette histoire d’amour, ni simple ni évidente, complexe. Je l’ai trouvé touchante, pleine de vraisemblance et de tact. Personnellement, elle m’a fait vibrer par son intensité et sa fugacité. Je l’ai trouvée d’autant plus belle qu’elle est liée à l’intrigue, faisant pleinement corps avec elle. Elle interroge également nos limites : ce qu’on peut accepter par amour et ce qu’on est prêt à sacrifier par amour.

« Vers l’infini et l’au-delà »

D’autre part, Superluminal m’a fait rêver. Parce que le roman repousse les limites de l’univers connu et révèle la beauté de celui-ci. Je ressens une sorte de fascination pour l’immensément grand et vaste. Alors quand un roman m’embarque vers l’infini en me promettant un voyage abordable, j’ai des étoiles plein les yeux.

Les vaisseaux parcourent l’univers en dépassant la vitesse de la lumière, en parcourant le Flux : une sorte de couloir qui permet d’atteindre les 5ème, 6ème et 7ème dimensions. Ce que j’ai trouvé magique et génial dans Superluminal, c’est sa capacité à faire rêver, à rendre le Flux aussi magique que superbe, par la seule impossibilité du langage à le décrire. Car à aucun moment, on ne sait ce qu’est vraiment le Flux, ni à quoi il ressemble exactement. Mais voir les personnages muets de stupeur, béats d’admiration et complètement perdus m’a suffi pour trouver ceci sublime.

Des concepts difficilement appréhendables (oui oui le mot existe) mais juste posés là, sans explications complexes. Une fort belle manière de ne pas noyer le lecteur sous des descriptions techniques arides (de toute façon je ne vois pas comment faire pour expliquer rationnellement quelque chose qui dépasse l’entendement) et de le laisser imaginer lui-même ce qu’il veut. Rien de compliqué ni d’incompréhensible dans ce roman, ce qui rend le voyage dans l’espace aisé. L’exactitude technique n’est pas ce qui compte dans Superluminal (peut-être est-ce pour cela que ce roman m’a autant plu !).

A noter que l’autrice avait une capacité à se projeter dans l’avenir assez dingue. En effet, plus d’une fois elle évoque des concepts encore inconnus à l’époque mais tout à fait dans l’ordre des choses aujourd’hui. Vonda McIntyre était donc particulièrement visionnaire, ce qui rend son roman d’autant plus facile à saisir, tant il nous parle.

« Le choc des civilisations »

D’autre part, il y a un dialogue de cultures et de mœurs dans Superluminal, qui questionne la nature humaine, ses limites, en dégage sa complexité et ses bons côtés.

Par exemple, le regard neuf, presque naïf de Radu, habitant d’une exoplanète, sur la Terre et les mœurs de ses habitants génère des situations tantôt cocasses tantôt dramatiques. Il amène le lecteur à s’interroger lui-même sur sa propre vision des choses. De la même manière, Orca propose une réflexion similaire quant aux transformations souhaitées par son peuple amphibien de leur nature pour atteindre un stade supérieur de l’évolution. Enfin, l’histoire d’amour en Radu et Laena, sorte d’humaine augmentée par le sacrifice de son cœur au profit d’une machine, pose la question – certes déjà maintes fois traitée – des frontières de l’amour. Peut-il être universel et dépasser les questions de genres, de civilisations, de cultures ?

Les réponses apportées, même si le roman contient une part dramatique assez forte, m’ont malgré tout remplie d’espoir, tant le roman véhicule des réponses positives, par le biais des choix des personnages (Radu et ses choix finaux, les liens profonds entre Orca et sa cousine baleine…).

Un goût de trop peu

Un rythme inégal

Malgré tout, la lecture n’a pas été non plus un long fleuve tranquille. Déjà parce que j’ai trouvé le rythme assez inégal. Si la première moitié m’a plu, elle m’a semblé quand même un peu plan-plan. En revanche, la seconde partie est beaucoup plus tournée vers l’action.

Ainsi, j’ai été un peu désarçonnée quand, passés les 2/3, le roman prenait enfin toute sa puissance… pour finalement, ne pas décoller vraiment. En d’autres termes, le dernier tiers m’a semblé vraiment génial. C’est vraiment là qu’à mon sens, tous les rebondissements, questionnements, éléments perturbateurs, se déploient. Sauf qu’il ne restait plus qu’un petit bout pour boucler le roman… et que j’ai eu la sensation d’avoir atterri trop vite, sans avoir pu pleinement explorer tout ce que promettait l’intrigue. C’est dommage d’atterrir quand on vient juste de s’envoler.

Des enjeux pas toujours évidents

Arrivée au bout du roman, je me suis demandé si je n’étais pas passée à côté de l’essentiel. Je me suis dit : « oui, et donc ? » Tant de portes ouvertes dans cette fin de roman, pour… où, en fait ? J’ai alors eu l’impression, finalement, que le meilleur restait à écrire. Bref, une frustration, car oui, le roman m’a plu, mais il m’a manqué quelque chose.

Enfin, j’ai aussi manqué de détails pour bien tout comprendre. Par exemple, quel est le but de ces voyages inter spatiaux ? Qui chapeaute l’Administration du Flux et quel est son but ? Quant aux exoplanètes, elles sont considérées comme des colonies : Comment tout cela est-il géré ? Quels sont les liens politiques et diplomatiques entre ces planètes ? Tant d’éléments de contexte qui m’auraient peut-être aidée à saisir davantage les enjeux de ce texte.

Finalement, j’ai fait un très beau voyage, mais j’ai l’impression de ne pas avoir saisi le message principal de Vonda McIntyre. En bref, j’aurais aimé que ma lecture passe aussi dans la 7ème dimension.

En pratique

Vonda McIntyre, Superluminal

Houghton Mifflin, 1983; OPTA, 1986, puis Mnemos, Collection Stellaire, 2022

Traduction : Daniel Lemoine, révisée par Olivier Bérenval

Couverture : James Abels

Autres avis : Bob est passé à côté de ce texte, n’ayant pas non plus saisi ses enjeux, et ce malgré les qualités qu’il lui trouve.

 

Superluminal est un roman de Vonda McIntyre, de 1983. Cette réédition chez Mnemos m’a permis de découvrir cette autrice, et offert un beau voyage, aux côtés de personnages attachants. J’ai beaucoup aimé cette traversée du Flux et il m’a plu d’imaginer ces dimensions supérieures. Malgré tout, je reste sur ma faim; je pense que ma lecture aurait pu être encore meilleure, si le roman avait franchement exploré toutes les pistes amorcées à la fin du roman, et rendu plus évidents ses enjeux profonds. En l’état, j’ai l’impression d’être passée à côté du cœur du roman. Néanmoins, j’ai passé un très bon moment de lecture, lumineux, et j’ai très envie de lire Le serpent du rêve de l’autrice.

4 commentaires sur “Vonda McIntyre – Superluminal

Ajouter un commentaire

  1. Ah je suis contente de ton retour, j’avais beaucoup aimé Le serpent du rêve (que je ne peux que te recommander donc) et je pense que je vais lire celui-là aussi.

    1. Je pense qu’il te plaira, je suis curieuse de ton retour et de la manière dont tu auras perçu les messages de l’autrice. Et j’ai mis Le serpent du rêve en wishlist oui 🙂

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Fièrement propulsé par WordPress | Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :