Projets Sillex – Féro(ce)cités

Féro(ce)cités est un recueil de 10 nouvelles de fantasy animalière, édité par Projets Sillex. Je vous en avais parlé il y a quelques mois lors du financement participatif de ce recueil. J’avais eu la chance de lire trois nouvelles en avant-première (Merci encore à Nicolas de Projets Sillex !), et je viens de terminer la lecture de ce recueil, pour le Pumpkin Autumn Challenge (menu automne douceur de vivre, catégorie « j’ai un dragon et j’hésiterai pas à faire feu ! »).

Prolégomènes (ça fait classe ce mot non ?)

Des découvertes, et des retrouvailles

10 nouvelles, 10 plumes, que j’ai pour la plupart découvertes. Je dis pour la plupart, car il y a dans ce recueil une nouvelle de Pauline Sidre, que j’avais rencontrée avec son roman Rocaille, publié chez le même éditeur. Et j’avais lu les textes de Jason Martin et Fran Basil pendant la campagne de financement. Chose très rigolote, je lisais dernièrement un numéro de Fantasy Art and Studies (Villes et merveilles, n°2, printemps 2017), quand je suis tombée sur une nouvelle de Jason Martin dedans, intitulée Le goût du bitume. Une nouvelle d’urban fantasy que j’ai beaucoup aimée aussi, dans un registre différent mais qui a confirmé mon goût pour les écrits de cet auteur.

Lire un recueil de nouvelles

Au début du recueil, un petit tableau récapitulatif permet d’aborder la lecture autrement que dans l’ordre des nouvelles, selon ce qu’on recherche (magie, amour, révolution… dans la douceur ou dans la violence). J’ai trouvé ça intéressant, pour déconstruire l’acte de lecture traditionnel. Je me suis d’ailleurs beaucoup interrogée pendant ma lecture sur ma façon de lire du format court et un recueil. Ces réflexions sont venues essentiellement suite à la précédente pause café sur le sujet, et je me suis rendue compte que je lisais des recueils et anthologies de la même façon qu’un roman. Avec Féro(ce)cités, j’ai expérimenté la lecture dans le désordre, étirée sur un temps assez long (plus d’une quinzaine de jours), en parallèle de romans… en fonction de mon temps, de mes envies, et ça m’a aussi permis de bien assimiler les nouvelles.

Composition du recueil

Bref, je papote, je papote, mais venons-en aux faits : voici les nouvelles qui composent ce recueil !

La vois des écorces, Pauline Sidre. Une fauvette devient architecte en chef pour la restauration de la ville de Phonè, dont le grand palais de la Grande Oiselle. Tout doit être prêt dans des délais très courts, en prévision de l’hiver qui arrive.

Que gèle la sève, Jason Martin. Dans l’univers du Septentrion, glacé, minéral et micellaire, Calamité, carcajou, part à la recherche de son frère.

Entre chat et loup, Kevane Demillas. Une chatte mercenaire est engagée dans la ville de Vébelle pour tuer un loup qui serait responsable de nombreux meurtres. Mais tout ça sent le complot à plein nez.

Rage d’ambre, Xavier Watillon. A Oryctole, la magie est partout. Le mana, pouvoir magique, permet aux lapins, via des cristaux d’ambre dans leurs oreilles, de pratiquer la magie. Mais certains deviennent fous… Un jour, Ferune revient dans sa ville natale. Elle n’est pas magicienne. Pourtant, elle va être convoquée par le concile qui souhaite lui extorquer des secrets… Puisque c’est comme ça, la lapine décide de fausser compagnie à tous ces Mages..

Piège à nuages, Eymeric Amselem. Une épervière raconte un souvenir, celui de ce beluga Mage, parti quitter son Monde pour en trouver d’autres. Son arrivée sur Altagren, un îlot volant, est aussitôt perçue comme suspecte. Il n’arrange pas son cas quand il affirme que les îlots forment un cycle. Pour les habitants d’Altagren, c’est complètement farfelu, tout le monde sait bien que le monde est plat.

Ventreille, Edouard H.Blaes. Ventreille est une ville assiégée, chaque soir, coincée entre deux familles. On suit les tribulations d’une troupe de théâtre qui raconte, petit bout par petit bout, l’histoire d’Ortan, raton-laveur qui joue un chat sur scène.

Mus de la brèche, Jeanne Mariem Corrèze. Mus est une souris guide. Cette fois-là, elle guide 4 autres souris à travers Akodon, vaste campagne dangereuse, vers Rodentia, l’arbre-ville.  Mais en parallèle, Mus a sa propre quête à mener…

Alba de Jais, l’anonymographe, Fran Basil. Un récit emboîté, qui nous raconte l’histoire d’un échange entre deux filles de deux clans, hostiles mais qui parviennent à s’entendre sur des accords commerciaux. Quand le fils d’un clan est retrouvé assassiné, l’équilibre des choses vole een éclats. Alba, corbelle, prend la place d’Assam, et rejoint le clan des lagomorphes.

Peau de lapin, peau de chagrin, Thomas Fouchault. Muscade est un lièvre qui a quitté sa campagne natale pour aller faire fortune à la foire de Bardane, la grande ville commerçante. Il espère faire fortune…

L’incarnation d’Oalzo, Delphine H. Edwin. Une cigogne s’occupe d’un pré-né, ces êtres pas encore nés et qui n’ont pas encore choisi leur nature définitive. Mais ce pré-né là est spécial, sorti d’un œuf terrestre. Un héros ? Ce serait bien, Archantes est un territoire où la faim, la division et la misère règnent.

Analyse du recueil

Analyse formelle

De ce point de vue, Féro(ce)cités est assez uniforme. En effet, les nouvelles tournent autour de la cinquantaine de pages, grosso modo. Si j’ai forcément davantage aimé certaines nouvelles que d’autres, je n’ai pas ressenti de gros déséquilibre. Toutes sont agréables à lire et proposent un point de vue original, un univers citadin intéressant et développé, des thématiques fortes et un style propre.

J’ai beaucoup aimé les propositions narratives intéressantes. Par exemple, La voix des écorces offre une écriture très sonore, pleine de voix et de sons différents, démontrant un travail sur le langage remarquable, en écho aux 35 espèces différentes d’oiseaux (oui alors j’ai compté !). Dans un autre registre, j’ai beaucoup aimé les longs passages descriptifs très visuels et assez planants dans Que gèle la sève, comme quoi même dans une nouvelle on peut prendre son temps. Fran Basil propose un récit emboîté avec Alba de Jais, contenant pas mal d’ellipses permettant d’étirer le récit au maximum. Enfin, j’ai aussi en tête le texte chapitré de Ventreille, qui fonctionne un peu comme une pièce de théâtre en actes. 

Bref, autant de jeux sur le format de la nouvelle, qui réinterrogent sa longueur, son rapport au roman et aux autres genres littéraires, pour offrir toujours quelque chose de dynamique, percutant et original.

Fantasy urbaine et animalière

L’uniformité vient également des thématiques traitées, qui définissent le recueil. Fantasy animalière, et fantasy urbaine. On trouve ainsi dans Féro(ce)cités une tripotée d’animaux, très variés (mais pas de poissons !). Certaines nouvelles mettent en scène plus de 20 espèces différentes (j’ai tout compté, je vous dis) ! C’est très intéressant, dans la mesure où on parle de villes aussi dans ce recueil. Phonè, Archantes, Ventreille ou Rodentia : quels que soient leurs noms, ces villes sont des espaces où toutes les espèces se côtoient et elles définissent leurs rapports. C’est là l’enjeu du recueil.

Ces villes, on les parcourt (Mus de la brèche, Entre chat et loup, Rage d’ambre), on les construit (La voix des écorces), mais on y vit, aussi. En cela, on se fait siens ses murs, ses égouts et ses rues (Entre chat et loup). Souvent, la ville est un danger, auquel on doit prendre garde. Sinon, elle broie (Peau de lapin, peau de chagrin). Son organisation même est un enjeu pour toutes les espèces y vivant (Rage d’ambre). Féro(ce)cités est un jeu de mots particulièrement bien trouvé… !

Fantasy animalière, donc, qui permet de voir le monde sous un autre angle, mais avec finalement des thématiques, des soucis et des préoccupations qui sont les mêmes que tout être vivant, Homme compris : trouver sa nourriture, survivre dans un monde où la loi du plus fort qui s’applique, trouver sa voie et rester proche de ceux qu’on aime, prouver sa valeur, garder et protéger son territoire. Mais j’ai trouvé que ça allait plus loin, car les textes s’emparent aussi de sujets très humains, pour les transposer dans un monde animalier; de quoi se rendre compte de l’aberration des choses : la colonisation dans Que gèle la sève, le désastre écologique dans Piège à nuages, mais aussi le racisme, la prostitution, les agressions sexistes, l’esclavage…

Enfin, les nouvelles s’apparentent parfois à des contes, offrant une morale universelle. C’est particulièrement le cas de Peau de lapin, peau de chagrin. Toutes les nouvelles de Féro(ce)cités sont percutantes, dans l’ensemble assez violentes et sombres dans ce qu’elles décrivent, pas toujours optimistes (en cela, Mus de la Brèche m’a semblé le plus lumineux des textes de ce recueil, que j’ai d’ailleurs trouvé très touchant). Une sorte de leçon pour apprendre à vivre dans ces mondes difficiles.

En pratique

Projets Sillex, Féro(ce)cités

Couverture : Dogan Otzel

Parution : Juillet 2021

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Féro(ce)cités est un recueil de fantasy urbaine et animalière, édité par Projets Sillex. Les 10 nouvelles du recueil nous emmènent dans 10 univers urbains différents, dans lesquels la ville et l’animal sont étroitement intriqués. J’ai particulièrement aimé les nouvelles de Pauline Sidre, Jason Martin, Jeanne Mariem Corèze et Thomas Fouchault. Mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas aimé les autres, au contraire ! La force du recueil est de proposer une uniformité dans les thématiques, la forme mais aussi la qualité des textes, qui sont tous percutants, et fort intéressants dans le point de vue abordé.

2 commentaires sur “Projets Sillex – Féro(ce)cités

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    1. Ah oui, ça aussi je me souviens que tu m’en avais parlé. Effectivement, ne te lance pas dans Féro(ce)cités alors ^^ Je ne me souviens plus si tu avais lu Rocaille ? (comment ça, je fais de la propagande ? ^^)

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