Noémie Wiorek – Lever de soleil

Lever de soleil est une novella de Noémie Wiorek, la couverture signée Anako (couverture provisoire, les derniers détails sont en cours de finalisation). Je remercie chaleureusement YBY éditions et en particulier Ophélie de m’avoir proposé cette œuvre en service de presse. Elle fait d’ailleurs l’objet actuellement d’un financement Ulule. J’ai bien aimé ce texte, court mais très intéressant, et riche en surprises. C’est une lecture qui rentre dans le challenge #ProjetOmbre. Elle valide aussi la catégorie Contes fantastiques du printemps de l’imaginaire francophone (nouvelle).

YBY Editions et le projet Ulule

YBY éditions est une maison qui promeut la diversité et l’inclusion dans la fiction. Elle a été créée en 2013, et comprend aujourd’hui une équipe de… 41 bénévoles ! Ca en fait du monde 🙂

Pourquoi YBY, vous demandez-vous ? A l’origine, ce sigle désignait en fait « Yaoi–Bara–Yuri ». Ce sont des termes que l’on rencontre dans l’univers du manga (et des fanfictions aussi). Le Yaoi fait référence à des histoires d’amour (citronnées) entre hommes, destinées à un lectorat féminin. Le Yuri met en scènes des relations sentimentales entre femmes (amour, amitié, sexe…) et enfin le Bara est un peu l’équivalent du Yaoi mais pour un public masculin. On peut aussi lire YBY comme « You, Be Yourself » !

Et donc YBY lance un projet Ulule pour financer ses sorties estivales. Recueils de nouvelles et novellas sont au programme, dont Lever de soleil de Noémie Wiorek. Le financement a été lancé le 3 mai, et va rester ouvert jusqu’au 5 juin.

J’ai eu la chance de lire cette novella en avant-première. Cet ouvrage figure dans la collection « futurs incertains ».

Vous pouvez également retrouver sur le blog d’Ombre Bones la chronique de la seconde novella, La Hyène, la Sorcière et le Garde-manger de Aeph.

Et ensuite, conquis que vous serez, vous irez vous procurer le set de novellas sur Ulule 🙂

Synopsis

2071. Sous le soleil égyptien, les archéologues d’Incop Transgene découvrent un mystérieux sarcophage. Izia, rivée à son ordinateur, suit cette exhumation avec attention. Qu’est-ce que cette multinationale tentaculaire, qui contrôle le monde dans l’ombre, manigance encore ? Engagée dans une lutte désespérée contre la dictature d’Incop, Izia se voit confier la mission de sa vie : récupérer le contenu de ce sarcophage. Malheureusement, rien ne se passe comme prévu…

Entre Antiquité et Futur

Lever de soleil est un texte court, mais vous allez parcourir un voyage temporel vertigineux. Cette novella fait le grand saut entre l’Egypte de l’Antiquité, et un futur urbain entre Matrix et le 5ème élément. Le prologue nous plonge dans le désert égyptien sous le cagnard, dans la poussière des tombes découvertes, avec les scarabées et les superstitions qui planent même si on n’y croit pas. En quelques phrases seulement, le décor est rapidement planté et nous guide avec impatience dans la crypte, avides qu’on est d’aller au frais et de découvrir les trésors qui attendent depuis des siècles.

Puis le récit nous ramène ensuite à la surface, dans le monde réel, en 2071. Un monde de câbles, d’écrans, de médias (« le Flux »), de chats clonés, d’acier et de buildings. Sans cesse, Izia va faire des allers-retours entre les deux civilisations, entre les deux mondes, par le biais d’un personnage mystère.

Et par métonymie (désignation du tout par la partie), ces civilisations s’affrontent, dialoguent, coexistent… par leurs personnages représentatifs : les Dieux du panthéon égyptien (Seth, Isis, Thot, Sekhmet…), les Dieux de 2071 : les médias, les multinationales.

Entre lumière et obscurité

Comme pour souligner ces contrastes, Noémie Wiorek joue sur les couleurs et les jeux de clair obscur. Chaleur du désert égyptien, fraîcheur de la crypte. Soleil de l’Egypte, ville polluée et ennuagée, dans laquelle les rayons du soleil semblent tamisés.

Izia est une femme de la nuit, tapie dans l’ombre et l’obscurité, jouant à cache à cache avec sa ville et les autorités. Son appartement est plongé dans le noir, les rideaux tirés, seuls les écrans diffusent leur lumière agressive. Mais peu à peu, au fur et à mesure que le récit avance, que le dialogue se noue, la lumière revient. Dans l’appartement, et dans le cœur d’Izia. Au froid du métal succède la chaleur des corps.

Le lever de soleil est le récit de l’aube : le retour du soleil qui réchauffe les cœurs, les âmes, redonne espoir et foi, confiance en soi.

Entre réalité et imaginaire

Lever de soleil se situe sur une sorte de fil, entre réalité, mythes et surnaturel. Je dis réalité car je trouve ce monde assez crédible pour exister en l’état dans 50 ans.

Toujours est-il qu’il se passe des choses assez bizarres. Henry, un des membres de l’expédition archéologique en Egypte, a t-il vraiment eu une hallucination quand il a étranglé son collègue ? Izia nage en plein délire complotiste la plupart du temps, planant dans un autre monde du fait de ses prises très régulières de Slow, cette drogue qui la calme. Oui, mais que fabrique Incop Transgene, cette multinationale tentaculaire ? Et Veritas, avec son œil qui voit tout ? Sans parler de l’intervention dans le monde « réel » de personnages d’un autre Monde oublié, qui parlent aux chats.

Il y a quelque chose de mystérieux dans ce texte, une peur permanente qui fait douter. Sur quoi et qui peut-on compter ? Qu’est ce qui est réel, et qui ne l’est pas ? Jusqu’au bout, Noémie Wiorek nous surprend, laissant le lecteur jouer au funambule sur son fil. J’aime bien finir un texte et me demander « bon, alors, qu’est ce qu’il/elle a voulu dire ? » et chercher la réponse, en sachant qu’il y en a souvent plusieurs. C’est ce qui se passe ici, et ce texte court se termine de manière assez grandiose.

Il y a un mélange dans ce texte d’éléments complètement distincts, que personne n’aurait jamais pensé mettre ensemble. Noémie Wiorek l’a fait, et il fallait oser. J’admire beaucoup les écrivains qui sortent des schémas classiques, pour proposer des trucs improbables. J’aime encore plus quand ça marche, et c’est le cas ici. C’est original, rafraîchissant, et le travail d’écriture est vraiment intéressant. J’ai passé un bon moment de lecture, qui m’a ouvert de beaux horizons.

2 commentaires sur “Noémie Wiorek – Lever de soleil

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  1. J’ai découvert l’autrice avec le roman chez HSN et j’avais aussi relevé ce talent d’équilibriste, là-bas autour de la notion du bien et du mal. Je serai vraiment curieuse de la découvrir dans un autre registre et au format court.

    1. Je l’ai repéré son roman, en plus HSN je fais confiance, c’est une maison qui publie des textes de qualité. L’autrice m’a prévenue que son roman n’était pas du tout dans le même style, et justement ça me plaît encore plus. Tiens je vais aller lire ta chroniques des chats des neiges !

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