Emilie Querbalec – Les chants de Nüying – #PLIB2023

Dernier roman d’Emilie Querbalec, Les chants de Nüying est un roman SF que j’ai remporté à un concours sur le compte de Camelote Magicadou. J’étais assez pressée de le lire, d’une part parce que j’en lisais de très bons retours un peu partout, mais aussi parce que j’avais apprécié Quitter les monts d’automne, que j’ai lu des mois après tout le monde. Le pitch me plaisait également beaucoup. Je voulais absolument le lire avant le vote des 25 sélectionnés pour le PLIB2023, qui a commencé (et se termine le 20/11).

Synopsis

 » La planète Nüying, située à vingt-quatre années-lumière du Système solaire, partage de nombreux traits avec la Terre d’il y a trois milliards d’années. On y trouve de l’eau à l’état liquide. Son activité volcanique est importante. Ses fonds marins sont parcourus de failles et comportent quantités de sources hydrothermales. Elle possède une magnétosphère et une atmosphère dense, protectrice. Tout cela en fait une bonne candidate pour héberger la vie. La sonde Mariner a transmis des enregistrements sonores de Nüying : des chants qui évoquent par analogie ceux des baleines.

Quand elle était enfant, Brume a entendu cet appel. Désormais adulte, spécialisée dans le domaine de la bioacoustique marine, elle s’apprête à participer à la plus grande aventure dans laquelle se soit jamais lancée l’Humanité : rejoindre Nüying au terme d’un voyage spatial de vingt-sept années.

Que va-t-elle découvrir là-bas ? Une civilisation extraterrestre ou une remise en cause totale de ses certitudes ? « 

En attendant Nüying…

Un roman premier contact ?

Alors pour une fois, je vais commencer par mes réserves. Car si j’ai beaucoup aimé ma lecture, j’ai été néanmoins perturbée par les choix narratifs effectués et une attente pas totalement comblée.

D’abord, j’ai attendu Nüying un bon bout de temps. Je me doutais que, le voyage étant long, le récit le serait. Ca ne m’a pas gênée, au contraire, tant les préparatifs du voyage étant captivants. Et préparer un voyage est déjà commencer celui-ci… Mais je ne m’attendais pas, en revanche, à parvenir sur Nüying aussi tard. Et encore moins à ne pas vraiment rencontrer l’origine des chants enregistrés. J’attendais vraiment un roman « premier contact », or pour le coup, Les chants de Nüying c’est autre chose. Que j’ai su apprécier à sa juste valeur et que j’ai beaucoup aimé. Toutefois, mes attentes initiales n’ont pas été remplies sur ce point. Je pense que la 4ème de couverture est un peu décalée par rapport à ce que le roman offre réellement.

Plusieurs romans en un

D’autre part, le récit m’a également perturbée. Il se compose de trois grandes parties. En gros, les préparatifs avec une présentation du contexte et des différents scientifiques qui feront partie du voyage, le voyage à proprement parler avec quelques morceaux choisis durant ces 27 ans, et puis l’arrivée sur Nüying enfin. Un point de vue omniscient et une narration hérétodiégétique alternent les focus sur les personnages et cassent la linéarité temporelle avec des flashbacks et des ellipses assez importantes.

Si j’apprécie cette rupture, j’ai néanmoins eu la sensation de passer parfois du coq à à l’âne. Comme si Les chants de Nüying comportaient plusieurs romans en un seul. Si le roman est construit avec un souci musical (des parties comme des mouvements de concerto, avec prélude et coda finale), j’ai malgré tout eu du mal à trouver de la fluidité entre les différentes parties, à les raccrocher ensemble pour en faire une partition unifiée.

Interprétation(s)

Enfin, et cela découle du point précédent, quelques scènes majeures sont restées pour moi assez opaques. C’est particulièrement le cas en ce qui concerne le sort de Jon et les adeptes de la secte religieuse, ainsi que pour Brume en fin de roman. Ces scènes arrivent assez brutalement, du fait de l’absence de linéarité du récit. J’ai manqué de billes pour en saisir toute la portée. J’imagine que la grande place laissée à l’interprétation de chacun est faite exprès. Mais ça m’a laissée perplexe dans un récit très solide d’un point de vue scientifique et pédagogue. Ca m’a rappelé le ressenti que j’avais eu avec Interstellar, notamment à la fin. Quelque chose du style « mais what the fuck do you mean ?! »

D’ailleurs, j’avais eu un ressenti similaire avec Quitter les monts d’automne. Je me suis demandé si ce n’était pas là une des marques de fabrique d’Emilie Querbalec : déjouer nos attentes, proposer quelque chose de destructuré, nous laisser imaginer/interpréter. Et comme avec son précédent roman, Emilie Querbalec me perturbe autant qu’elle me charme.

Un roman SF mystique

Pédagogie et passion

Ce que j’ai adoré dans ce roman, c’est sa précision scientifique, ses multiples regards, ses petites scènes anecdotiques qui rendent le tout crédible. Sa justesse, aussi – Emilie Querbalec n’en fait pas des caisses : pas de détails ni de pavés techniques soporifiques. L’écriture est simple mais solide, pédagogue sans le ton professoral. Nulle difficulté de compréhension dans les technologies explorées.

Et donc on côtoie des bio-acousticiens, des mécaniciens, cogniticiens, médecins… Mais aussi des militaires, des politiciens. Un gourou, aussi. Et les familles de tout ce petit monde-là. C’est franchement passionnant, et il n’y a nul ennui, nul temps mort, nul ralentissement. On suit tout ce petit monde de passionnés qui laissent derrière eux leur vie, leurs proches.

Les préparatifs sont l’occasion de montrer tous les enjeux du voyage et du roman. La technologie de la RNA, qui permet de « dupliquer » son esprit par copie de données et de le transférer dans un clone – une manière de dépasser la mort biologique. La justification d’une telle épopée sur une planète qui de toute façon n’aura jamais pour but d’être habitée. Les espoirs de chacun, qu’ils soient scientifiques ou religieux. La possibilité que d’autres espèces vivent dans l’univers, déstabilisant davantage la place centrale de l’Humanité. Et tant d’autres sujets abordés avec un angle éthique par le biais des inquiétudes, réserves, principe de précaution… des personnages.

Sur un terreau très réaliste

SF résolument, avec une duplication de notre monde réel. On pourrait se croire au début à notre époque; mais non, nous sommes quelques siècles plus tard. Pas grand chose n’a changé, hormis la Chine qui dirige le monde.

Décentrage, mais pourtant on s’y retrouve. Qui est Jonathan Wei à part un double de Besos, Musk et compagnie ? De la même manière, le fanatisme religieux évoqué dans le roman est un autre miroir de notre réalité. Il m’a semblé aussi qu’il y avait dans Les chants de Nüying une esquisse de nos difficultés de communiquer avec les personnes qui nous entourent. Chaque personnage a des rapports difficiles avec ses proches : Brume avec son père qui ne la comprend pas, Dana avec sa fille, Will et son ex épouse (et Brume, aussi, d’ailleurs). En cela, j’ai trouvé que cet équipage assez dense reflétait à merveille notre société aujourd’hui. En effet, nous sommes tous très entourés, mais avec qui partageons-nous réellement le fond de nos pensées et ce qui nous anime chaque jour ?

Un roman mystique

Ainsi, Les chants de Nüying est finalement un roman très humain. On espère avec Brume rencontrer les créatures à l’origine des chants, mais l’ensemble du récit est résolument humaniste. Et j’ai trouvé que la dimension religieuse apportée par l’autrice était intéressante.
D’abord pour sa peinture d’un certain degré de fanatisme; assez dingue de constater que la foi peut s’apparenter à un mur parfois. Et puis pour sa cohabitation avec la science; ça fait un peu sujet de philo classique, d’accord. Mais j’ai trouvé le positionnement de Jon vraiment intéressant. Juste dommage que cet arc narratif-là se termine brutalement pendant le roman sans y revenir vraiment ensuite.

Enfin, ce mysticisme n’est pas juste religieux. J’ai trouvé qu’il y avait une déclinaison mystique dans le regard de Brume sur le voyage. Ses motivations le sont d’ailleurs un peu aussi, et sa manière d’y croire jusqu’au bout, dans cet univers hostile… a quelque chose de magique. C’est un regard que j’ai beaucoup aimé : il apporte de la beauté, de la passion, dans le discours scientifique. Les chants de Nüying c’est de la SF qui m’a parlé, tant j’ai pu vibrer, rêver, me passionner pour ce voyage. Je suis parvenue à ressentir ce qui motivait chacun dans cette épopée, à m’émerveiller devant les terres  de Nüying alors même qu’elles sont particulièrement effrayantes.

En pratique

Emilie Querbalec, Les chants de Nüying

Albin Michel Imaginaire, septembre 2022

#PLIB2023 #ISBN9782226472823

Autres avis : Un roman de rentrée incontournable pour Le nocher des livres; une « fresque humaine touchante » pour Elwyn; Carolivres a été un peu frustrée aussi par le final mais effectivement ce roman nous rappelle que le plus beau dans une aventure c’est le voyage, et pas la destination; Le maki a aussi apprécié ce roman plein de sensibilité, « hymne à la survie et à la beauté des mondes »; un roman de SF très humain, pour La Geekosophe, qui a apprécié le mélange SF et spiritualité. Enfin, vous retrouverez une analyse très intéressante chez L’épaule d’Orion, qui croise avec d’autres textes pour prendre un peu de perspective.

Couverture : Manchu

 

Les chants de Nüying est comme un appel de sirènes. Emilie Querbalec nous invite à suivre cet appel, par le biais d’une multitude de personnages très différents aux motivations variées. Les chants de Nüying est un roman très humaniste, remarquablement documenté, particulièrement captivant et associant des thématiques qui ne vont pas forcément de pair. Emilie Querbalec me bouscule pour la seconde fois, avec un texte destructuré, elliptique, laissant une part importante à l’interprétation. Pas sûre d’avoir parfaitement compris ce qui était sous-entendu, mais j’ai apprécié le voyage, les sujets explorés, les personnages et leur évolution, et la plume de l’autrice, précise et pédagogue tout en restant fluide et agréable. Par sa plume et ses mots, Emilie Querbalec nous invite au voyage, au dépaysement, à l’ailleurs, à l’exploration de tous les possibles; je la suivrai bien volontiers une troisième fois.

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