Jean Krug – Le chant des glaces – #PLIB2022

Encore un livre ramené des Imaginales et dédicacé de son auteur ! Après avoir publié quelques nouvelles, Le chant des glaces est le premier roman de Jean Krug, édité chez Critic et paru en 2021. L’auteur est glaciologue et guide d’expédition; il passe une partie de l’année en Antarctique. Autant dire que la glace, il connait. Et il aime. Beaucoup. Cela se ressent dans son roman, qui nous emmène au cœur d’une planète glaciaire. Je vous fais visiter à mon tour. Lecture du Cold Winter Challenge, menu Sorcellerie hivernale (catégorie Etoile des neiges, SF) et du ABC de l’imaginaire (Lettre K).

Synopsis

 » Delas est une planète glaciaire dont les ressources, extraites jour et nuit par des milliers de prisonniers, alimentent en eau potable le reste de la galaxie. Mais on y trouve également le cryel, un morceau de glace aux propriétés spéciales que seuls les plus agiles des détenus parviennent à prospecter : les chanteurs.

Lorsqu’un jour, l’occasion est donnée à Bliss et Fey, chanteurs insurgés, de se libérer, ils n’hésitent pas une seconde. Accompagnés par Nox, ancien pilote et Jennah, scientifique exilée, ils vont plonger au cœur du plus gigantesque des glaciers. Et dans les méandres de ses galeries obscures, animés par la quête folle d’un cryel parfait, c’est surtout leur propre conscience qu’ils vont explorer. Avec cette question lancinante : « Au fond, quelle liberté ? »

Un univers glacé

Tranchant comme la glace…

Jean Krug aime la glace, cela se ressent. Dans son roman, il nous plonge au cœur d’une planète glaciaire, Delas. Une planète glaciaire dans sa structure, son froid, sa météo; mais aussi glaciaire dans sa manière de fonctionner, métaphoriquement. Les personnages sont des prisonniers, traînant des casseroles derrière eux, cabossés par la vie. Les rapports humains sont froids, distants. Tout est rude, sur Delas.

L’univers est donc sec, tranchant et glaçant. L’écriture et les personnages sont à cette image. La plume est redoutablement efficace. Documentée, précise, avec juste ce qu’il faut de mots pour dire les choses, ni plus, ni moins. Assez avare en dialogues également; et quand il y en a, ceux-ci révèlent la dureté inhérente des personnages, par des phrases sèches, courtes mais percutantes, et un niveau de langage très familier pour certains.

… Mais à l’âme musicale et poétique

Non, cet univers n’est pas marrant. Ainsi, l’ambiance souvent est pesante; cet univers de glace, rien que de glace et toujours de glace pèse sur le moral des troupes, et on le ressent fortement à la lecture. On avance donc lentement dans le livre, ce n’est pas un roman qu’on engloutit à la vitesse grand V.

Pourtant, quand les deux protagonistes chantent, c’est-à-dire prospectent le glacier à la recherche du cryel, morceau de glace aux propriétés si spéciales que tout le monde se l’arrache, on ressent des bouffées d’air frais. Et cet air frais se traduit également par l’écriture, qui file la métaphore musicale tout au long du récit. C’est assez beau, et l’auteur nous offre de très beaux passages. D’ailleurs, en petite musique de fond, lancinante, revient sans cesse ce refrain qui rythme le roman : où se trouve la liberté ? C’est cette quête qui va guider les personnages et qui structure le roman dans le fond.

« Smorazndo, disait ma mère, lors d’une lointaine jeunesse, lors d’un cours de piano trop long. En faiblissant. Non. En laissant mourir le son, sans le ralentir. « Conserve le tempo, Ferley, laisse mourir la note ». Smorzando : un détail de partition il y a vingt ans, un détail de vie, aujourd’hui. Un mot qui s’accordait parfaitement à Delas, comme un programme d’existence traçant à la dure la destinée du chanteur dont la destinée était le point d’orgue. En définitive, c’était lui, Goliath, qui chantait. Par ses craquements, ses glissements, ses variations il menait la danse mieux que Bliss et moi n’aurions su le faire, nous imposant le rythme en chef d’orchestre omniscient.
Voilà, alors, ce que j’étais : un ignorant, un découvreur. Je parcourais les boyaux d’un musicien de génie, dont les galeries résonnaient d’une partition sans faute aussi invisible qu’audible et dont les gargouillements sonnaient jusqu’à la lointaine surface, un géant de glace dont je martelais les entrailles à grands coups de pioche, tel un parasite cherchant à asservir son hôte, prêt à risquer sa vie pour en extraire le cœur. Etais-je à ma juste place, dans cette philosophie dissonante ? Dédicément, non. Mais où, alors, par toutes les saintes crevasses ? Où ? »

Planet et space-opera

Un chœur musical de plusieurs fils narratifs…

Le chant des glaces est un gigantesque chœur dans lequel plusieurs voix s’entremêlent et se répondent. Si j’ai beaucoup apprécié la partie du roman se déroulant à Delas, suivant les protagonistes chanteurs, j’ai en revanche décroché dans par moments.

J’ai apprécié le récit de Jennah, de son enfance jusqu’à son arrivée à Delas, découpé en épisodes majeurs de sa vie de scientifique. Elle aussi est guidée par la recherche de liberté, et j’ai trouvé une cohérence d’ensemble entre son histoire et celle de Bliss et Fey. Ces deux histoires se rejoignent, et la mésentente entre les deux femmes crée une autre petite musique, dissonante au début. mais peu à peu, les vois s’écoutent, et s’accordent. Finalement, tout est histoire de musique, dans ce roman, et c’est un aspect auquel on ne s’attendait pas forcément. J’ai beaucoup aimé cette écriture surprenante.

Peut-être trop de fils pour bien apprécier l’ensemble

En revanche, s’adjoignent en plus d’autres voix du vaisseau Solarius, dont Elkeïd (qui parle comme un charretier, personnellement j’ai toujours du mal avec le langage vulgaire, je trouve ça moche, même si c’est cohérent avec le personnage), Lizz… Et ces voix donnent une perspective davantage céleste au roman, qui offre alors une dimension space-opera. Là en revanche, j’ai eu plus de mal à suivre, cela me semblait assez confus avec le récit principal. Selon moi, cette partie du roman aurait pu être pleinement développée à part, on aurait peut-être gagné en lisibilité dans Le chant des glaces. Ca m’a semblé un peu too much pour un seul bouquin, ce qui m’a amené plus d’une fois à sauter quelques-uns de ces passages.

En pratique

Jean Krug, Le chant des glaces

Editions Critic, mars 2021

Couverture : Eric Scala

Le site de l’auteur : vous pouvez notamment y lire une de ses nouvelles, Sans en avoir l’air, qui a obtenu le premier prix au concours de nouvelles de l’Université de Lyon, en 2019

D’autres avis : Yuyine, Syndrome quickson, Le nocher des livres, qui propose également sur son site une interview de l’auteur

#PLIB2022

#ISBN9782375791882

 

Ma rencontre avec l’auteur aux Imaginales m’avait convaincue qu’il y avait dans Le chant des glaces quelque chose d’original. Je ne me suis pas trompée. Ce premier roman est très ambitieux, et je le trouve plutôt bien réussi. Jean Krug a su partager sa passion pour la glace, et vulgariser son univers sans le rendre imbitable. J’ai beaucoup apprécié l’écriture musicale de l’auteur, qui parvient à mettre de la beauté et de la sensibilité dans un univers qui en paraît complètement dénué. Le chant des glaces est un roman surprenant, d’un auteur à suivre ! D’autant que j’entends dans l’oreillette qu’un roman se prépare pour 2023… 🙂

5 commentaires sur “Jean Krug – Le chant des glaces – #PLIB2022

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    1. Si tu en as l’occasion, oui n’hésite pas ! Je ne m’attendais pas à ça du tout et franchement c’est une très belle surprise ! Il mérite un gros détour 🙂

    1. Oui, et je comprends aussi ton point de vue sur ce roman. Je pense toutefois qu’il faudra être attentives à son prochain titre, car je trouve ce début très prometteur !

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