Ernest Callenbach – Ecotopia

Ecotopia est un texte d’Ernest Callenbach, publié une première fois en 1975. Il paraît ensuite en 1978 chez Stock, puis chez Gallimard dans la collection Folio SF en début d’année 2021. C’est un récit semi-utopique, extrêmement visionnaire sur bien des aspects. Plutôt emballée pendant la première moitié, j’ai fini par m’ennuyer un peu ensuite.

Synopsis

« Trois États de la côte ouest des États-Unis — la Californie, l’Oregon et l’État de Washington — décident de faire sécession et de construire, dans un isolement total, une société écologique radicale, baptisée Écotopia. Vingt ans après, l’heure est à la reprise des liaisons diplomatiques entre les deux pays. Pour la première fois, Écotopia ouvre ses frontières à un journaliste américain, William Weston.
Au fil des articles envoyés au Times-Post, il décrit tous les aspects de la société écotopienne : les femmes au pouvoir, l’autogestion, la décentralisation, les vingt heures de travail hebdomadaire et le recyclage systématique. D’abord sceptique, voire cynique, William Weston vit une profonde transformation intérieure. Son histoire d’amour intense avec une Écotopienne va le placer devant un dilemme crucial : choisir entre deux mondes. »

Ecotopia : le récit d’un monde différent

Récit semi-utopique

Pourquoi semi et pas utopique tout court ? Parce que le récit ne décrit pas une situation utopique, parfaite. Ecotopia est un Etat qui a su reconnaître à temps que les Etats-Unis allaient dans le mur, et renverser la vapeur pour choisir un autre chemin. Ecotopia n’est en rien un monde parfait, d’ailleurs les articles de William le montrent bien. C’est un monde perfectible, et qui travaille à améliorer le système dans tous ses aspects.

On est dans un récit uchronique, avec pour point de départ la Sécession des trois Etats de la coûte Ouest en 1960. C’est assez intéressant de voir comment s’est développé ce nouvel Etat, en lien avec le reste du monde et contre les Etats-Unis. L’Histoire prend donc une voie parallèle à celle que l’on connait. Ecotopia et les USA ont été 20 ans en guerre froide, si l’on peut dire, et le voyage de William sonne comme le début de la « détente ».

La découverte d’Ecotopia

Le récit propose plusieurs types de récits :

  • les articles de fond de William, destinés au Times-Post
  • son carnet de bord journalier, privé.

Les articles de fond décrivent un système étatique dans tous ses aspects : politique, économie, société, culture… C’est très intéressant, mais ça ne m’a pas du tout passionnée, c’est beaucoup trop terre à terre pour moi. De ce fait, j’ai fini par survoler un peu ces chapitres (en étant consciente que je passe à côté de l’intérêt du livre, qui donne vraiment à réfléchir sur notre système actuel, mais je n’ai pas du tout envie de faire ça). Cependant, cela ravira les sociologues, philosophes, historiens, politologues, et toutes les personnes qui s’intéressent à ces sujets. Les articles m’ont semblé vraiment très fournis et à même de proposer une vision et une analyse fouillées de ce nouvel Etat.

Cela dit, ces articles sont aussi intéressants parce qu’ils sont rédigés au présent d’énonciation : le lecteur découvre en même temps que William Ecotopia. D’autre part, ces articles sont aussi le reflet d’une métamorphose de la pensée de William. Déontologie oblige, force lui est de reconnaître qu’Ecotopia fonctionne, et même plutôt bien, contrairement à ce qu’en laisse croire la propagande américaine.

L’alternance du journal de bord et des articles pour le Times-Post crée une dynamique dans le récit, plutôt bienvenue au début, puis assez automatique ensuite. Si ça m’a emballée au début, ça a fini par me bercer et m’endormir dans la seconde partie du roman. Cependant, j’ai trouvé la fin du récit assez habile, pas tant dans le fond car cette fin n’est absolument pas surprenante, mais plutôt dans sa forme. En effet, le texte inclut un épilogue du Directeur du Times, qui décide de publier les carnets de bord de William. Petit procédé narratif bien connu du genre romanesque, complètement artificiel mais qui fonctionne toujours aussi bien, renforçant le côté réaliste et vraisemblable du texte.

Un récit inégal

visionnaire…

Le gros point positif du texte est qu’il est visionnaire. Rien que le fait, en 1975, d’écrire un texte sur des Etats qui font sécession au nom de l’écologie, c’est très avant-gardiste. Les écotopiens ont mis en place tout ce dont il est question aujourd’hui, dans la vie quotidienne : le tri sélectif, la guerre au plastique, les réunions en vidéophone par la télévision (incroyablement actuel, pour le coup!), les panneaux solaires, les bus sans chauffeur… Quelques pages nous offrent des développements technologiques intéressants et me semble t-il novateurs (je n’ai cependant pas eu le courage d’aller vérifier quand sont réellement arrivés dans la vie tous ces progrès). Et à côté de cela, il y a des réflexions sur les enjeux de l’écologie dans tous les domaines : éducation, société, rapports Homme/Femme, emploi… C’est un système étatique intégral qui est proposé ici.

mais pas exempt de défauts

Mais peut-être est-ce parce que j’ai survolé le texte sur plusieurs chapitres, mais il me semble que cette sécession est un peu facile. Plusieurs fois, William fait état de cette séparation dont les plaies sont pansées. Déjà ? Après seulement 20 ans ? Aux Etats-Unis en plus ? Pas très crédible, quand on pense que la vraie Sécession au XIXème laisse encore des traces. Après, j’ai eu la sensation que pas mal de sujets étaient occultés : quid des relations internationales par exemple ? en 60, les USA sont en pleine guerre froide, ça aurait été intéressant que le récit uchronique aborde ce sujet.

et sur certains aspects, bien ancré dans son temps

Enfin, j’ai trouvé que sur certains aspects, le texte datait bien de son époque. Concernant les rapports sociaux, Ecotopia donne l’impression d’être figé dans les années 70, à l’heure du « Make love not war ». On se croirait à Woodstock. Dans Ecotopia, écologie rime avec sexualité libérée, et donc William (et d’autres personnages, comme Marissa, avec qui William se lie) baise sans arrêt, avec n’importe qui, avec une totale insouciance. Clairement, le SIDA n’était pas encore là… On a même droit à quelques beaux fantasmes bien clichés (l’infirmière spécialisée en massage qui offre une petite branlette à William : si si, en vrai) . Le carnet de bord de Sieur William finit donc par se résumer à une longue de « baise-jalousie-je t’aime-moi non plus-re baise » particulièrement fatigante et franchement, disons-le, ri-di-cu-le. La fin du roman a vraiment été pénible à lire.

Ecotopia est donc un roman visionnaire, évoquant non seulement l’urgence climatique mais aussi toutes les solutions possibles à mettre en place pour limiter les dégâts. Ce texte d’Ernest Callenbach est donc une œuvre de littérature imaginaire assez atypique. Ecotopia pose les bases d’une réflexion d’ampleur sur nos actuels systèmes étatiques, notre mode de vie. En cela, Callenbach utilise l’imaginaire pour proposer une œuvre très actuelle et réaliste. Un peu trop pour moi, justement.

2 commentaires sur “Ernest Callenbach – Ecotopia

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  1. Je pense sincèrement que ça me plaira beaucoup, je le vois beaucoup passé et à chaque fois ça titille un peu plus mon intérêt. Le côté réaliste est un point positif pour moi.

    1. Oui, ce livre a beaucoup de points positifs, et les réflexions politiques, sociales, économiques etc. sont vraiment intéressantes. Si tu aimes effectivement le côté réaliste, je pense que tu y trouveras ton compte en effet !

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